2. Le discours de l'Être
Seule reste ouverte la route sur le mode : (Il) est, ou Être est. La langue grecque ne rend pas nécessaire de nommer le sujet positif de la proposition. En revanche, il est bien nécessaire de nommer pour le nier le sujet de la proposition négative : Non-Être n'est pas. Il est important de le remarquer, car Parménide passe pour avoir le premier nommé significativement l'Être dans un discours philosophique. À vrai dire, le Non-être s'y trouve nommé avant l'Être, lequel surgit comme le nom à mettre à la place du sujet sous-entendu de (Il) est. L'accent de force est à mettre sur le verbe plutôt que sur le nom. On est d'ailleurs encore loin d'avoir thématisé clairement le double sens impliqué par le verbe être, lequel dit la chose au sens que, tout simplement, elle existe, et au sens qu'elle demeure identique à soi-même : ce qu'on appellera plus tard son existence et son essence ; plus un emploi simplement copulatif. On est également loin d'avoir thématisé clairement une philosophie du temps qui distinguerait nommément l'éternel présent de la durée à perpétuité. C'est le charme de ce poème abstrait que d'être gros de difficultés entr'aperçues et non encore résolues.
(Il) est appelle une suite nombrable de marques ou de signes qui « marchent avec », et qu'on appellera plus tard ses attributs : non-né, indestructible, tout d'une seule masse, inébranlable, non-à-terminer, tout entier tout à la fois présent, un et d'un seul tenant. Le développement aligne les marques en les commentant les unes à la suite des autres ; et en les enchaînant, de telle façon qu'on sente la contrainte qui les lie ; ou par un raisonnement dont la structure élémentaire pourrait avoir été imitée de modèles mathématiques pythagoriciens ; ou en scandant le poème par l'appel répété à la trinité des déesses aux liens, Dikè, Anankè, Moira. Le tout se referme sur soi-même dans l'image de la sphère parfaite, et de partout également balancée.
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