2. Une approche politisée
Ces listes n'ont jamais donné une image exacte de la carte des paradis fiscaux et bancaires, car des considérations politiques et diplomatiques ont influé sur leur établissement et leur évolution. Il est étrange, par exemple, que la Russie n'ait pas été inscrite dans la liste de l'O.C.D.E., quand on connaît la situation déplorable de sa législation fiscale. Aucun État du continent sud-américain – pas plus que ceux des États américains qui sont notoirement des paradis fiscaux et bancaires comme le Colorado ou le Delaware – n'a jamais figuré sur ces listes. En Europe, seul le Liechtenstein avait été inscrit sur la liste noire du Gafi, Monaco, Gibraltar, les îles Anglo-Normandes et le Luxembourg ne figurant que sur une seconde liste, celle des pays placés sous surveillance. La Suisse, Andorre, l'Irlande, la City de Londres n'ont, à aucun moment, été répertoriés par le Gafi.
Depuis ces recensements, la plupart des pays ont été réhabilités en raison d'engagements qu'ils ont pris, particulièrement dans la lutte antiblanchiment. Le reproche a été fait, notamment au Gafi, de s'être hâtivement contenté de promesses de la part de leurs gouvernements, sans même attendre de voir si elles se réalisaient. De la même manière, Jersey, Guernesey, la Barbade, Tonga, Antigua et Barbuda, les Antilles néerlandaises, Aruba, Bahreïn, l'île de Man, les Seychelles et quelques autres ne figurent plus sur la liste noire de l'O.C.D.E., pour s'être engagés à coopérer à partir de 2005.
Le fait pour un pays d'être inscrit sur l'une des listes noires n'entraîne d'ailleurs pas de grands dommages, si ce n'est à sa réputation. Seule la minuscule île de Nauru, perdue dans le Pacifique, avait fait l'objet, en décembre 2001, de mesures de rétorsion par le Gafi. Elle a été retirée de la liste noire en 2006 après avoir notifié son renoncement aux pratiques qui lui étaient reprochées. En réalité, sa situation était devenue intenable car Nauru était synonyme de blanchiment et tout flux financier passant par cette île paraissait automatiquement suspect.
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