5. Le modèle grammatical paninéen
Les formules de Pāṇini sont des règles de construction des mots, non d'analyse. L'analyse des mots en racine, suffixe, etc. est impliquée par l'Aṣṭādhyāyī et l'on voit qu'elle a été faite par Pāṇini de façon tout à fait rationnelle, avec aussi beaucoup de finesse, comme en témoignent les notations de détail. Mais ce manuel n'est pas la description analytique d'un corpus de formes attestées. Il décrit la compétence des éléments de la langue et vise à fournir un instrument permettant à l'utilisateur de construire toute forme.
Pāṇini utilise en gros deux schémas de construction des mots. Pour la dérivation primaire, il part de la racine, élément exprimant une action, à quoi il ajoute des suffixes dont il définit le sens, telle ou telle rection avec l'action, et qui déterminent le cas échéant l'application de règles phonétiques. Pour la dérivation secondaire et la composition qui sont couramment groupées sous la dénomination de vṛtti, Pāṇini part d'une forme analytique, un syntagme formé de noms tous fléchis, pour lequel il prescrit une transformation en une base non fléchie suivie d'un suffixe, ou une séquence de mots non fléchis. Par exemple, le composé rājapuruṣaḥ (« serviteur du roi ») est la transformation de rājñaḥ [génitif] puruṣaḥ par les règles successives : 1. attribution du nom « composé » au syntagme entier ; 2. attribution du nom « thème nominal » à cette même forme en tant que composé ; 3. amuissement des désinences internes (rājan puruṣa) ; 4. amuissement du n final de rājan en composition ; 5. apparition d'une nouvelle désinence selon la fonction du nouveau mot dans la phrase (rājapuruṣaḥ [nominatif]), etc.
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