La ville de Pagan commande le passage entre les plaines de Kyaukse et de Mingu, les deux seuls bassins de l'Irrawaddy avant son delta. Elle se trouve à 210 de latitude nord, mais à l'intérieur des terres et à l'ombre des hauteurs de l'Arakan, qui arrêtent une partie de la mousson du sud-ouest. Il y tombe à peine 0,60 m d'eau par an ; on l'appelle le Tattadesa, le « Pays brûlant ». L'irrigation y a pourtant très tôt créé un véritable grenier, le Ledwin, le « Pays du riz ». Pagan est équidistante des deux bras du fer à cheval de montagnes qui enserre la Birmanie, d'où, de tous temps, ont dévalé les envahisseurs. L'Irrawaddy, incomparable chemin d'eau, relie la ville à la mer, à la civilisation.
Nulle prédestination géographique, nulle nécessité géopolitique n'expliquent pourtant sa destinée, mais bien plutôt la volonté des hommes, ou les hasards de leurs destins. Les Pyu de langue tibéto-birmane ont civilisé la vallée du fleuve où subsistent, de Halin à Prome, leurs antiques cités. Les Birmans proprement dits vinrent les y rejoindre et se fondre avec eux.
Pagan se dresse sur un promontoire. Sa vaste enceinte quadrangulaire de 1 200 m de côté – l'angle nord-o […]
