7. L'angoisse et l'espoir
C'est aussi en juillet 1969 que paraît Fin de monde (Fin de mundo). Ce livre évoque le possible et absurde anéantissement de notre univers par l'éclatement de l'arme atomique. Neruda dénonce avec véhémence les horreurs d'une guerre toujours présente en ce monde, notamment au Vietnam. Il révèle l'expérience de la mort humaine à travers les objets, les signes qui subsistent après les catastrophes ; ainsi parle-t-il de l'enfant brûlée sous les décombres de sa maison ou étouffée dans la rizière, en évoquant simplement une poupée aux yeux vides, seule rescapée du bombardement. La mer, si importante dans l'œuvre nérudienne, représente ici encore l'éternité, mais elle aussi est menacée par les atteintes de l'homme. Refusant toute forme de culte et d'autosatisfaction, l'écrivain réaffirme humblement son espérance et sa volonté de comprendre les hommes, ses frères, y compris les bourreaux car il n'est point de lutte sans une part de complicité avec le mal.
L'activité politique du poète ne connaît point de relâche durant les années 1969 et 1970. Le 30 septembre 1969, Neruda est désigné par son parti comme candidat à la présidence de la République. Il parcourt le Chili en tous sens et clame son adhésion à l'Unité populaire qui vient de se créer. En janvier 1970, il retire sa candidature afin de permettre à un candidat unique de l'Unité populaire de se présenter aux élections. Salvador Allende est élu en septembre, avec 36,3 p. 100 des voix, et le Congrès confirme cette élection le 24 octobre 1970. L'activité poétique de Neruda ne subit aucun ralentissement au cours de cette période : ainsi deux livres de poèmes sont-ils publiés en 1970.
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