4. « Toute clarté est obscure »
Foisonnante et capricieuse, l'inspiration de Neruda semble, après Le Chant général, rejaillir de sources nouvelles. Le cycle des Odes montre, à la suite des grands élans de révolte ou d'exaltation, comme un repli d'intériorisation : Odes élémentaires (Odas elementales, 1954), Nouvelles Odes élémentaires (Nuevas Odas elementales, 1956), Troisième Livre des Odes (Tercer Libro de la Odas, 1957), Navigations et retours (Navigaciones y regresos, 1957). Sur des rythmes allègres, on y voit célébrées les choses quotidiennes : l'artichaut, les oiseaux, le livre, la tomate... ; des abstractions morales : la joie, l'énergie, l'espérance... ; des admirations littéraires : Jorge Manrique, Rimbaud, Whitman... Dans ces livres, Neruda a su, sur le mode mineur, renouer le dialogue ininterrompu qu'il entretient avec le monde et qui se poursuit, d'autre façon, dans d'autres livres : Les Raisins et le Vent (Las Uvas y el Viento, 1954), Les Pierres du Chili (Las Piedras de Chile, 1961). Publié en 1958, Vaguedivague (Estravagario), sur un ton ambigu de tristesse ironique, est une sorte de méditation du poète sur son propre destin. Dans cette œuvre aux accents quasi métaphysiques brillent, comme toujours chez Neruda, des images splendides, insolites et fascinantes. La même force d'évocation des profonds de l'être se révèle dans La Centaine d'amour (Cien sonetos de amor, 1959), où l'écrivain poursuit l'autobiographie amoureuse dont Les Vers du capitaine (Los Versos del capitán, 1952) avait, quelques années plus tôt, montré d'autres détours.
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