10. 1973, le dernier combat : « Ma chanson est offensive et dure comme la pierre araucane »
Neruda participe à la campagne pour les élections de mars en écrivant Incitation au nixonicide et éloge de la révolution chilienne (Incitación al nixonicidio y alabanza de la revolución chilena, 1973) ; tout en chantant l'Océan et Quevedo, il fustige dans de courts pamphlets les « politicards » et les « larrons ». Le 11 septembre, un putsch militaire renverse le gouvernement de l'Unité populaire. Allende est assassiné à la Moneda. Le 23 septembre Pablo Neruda meurt à Santiago. Ses obsèques se déroulent en présence de l'armée : des chants jaillissent de la foule, témoignant, par-delà la mort, du pouvoir subversif de la poésie.
Les livres posthumes. Huit livres de poèmes publiés à Buenos Aires reprennent les questions essentielles de toute une vie, mais en les approfondissant. La Rose détachée (La Rosa separada, 1973) évoque une visite à l'île de Pâques, le va-et-vient entre le Moi et le Nous et la nécessité pour le poète du retour aux origines. La Mer et les cloches (El Mar y las campanas, 1974) réunit toutes les voix du poète dans le temps et la géographie ; Jardin d'hiver (Jardín de invierno, 1974) définit la permanence de l'être en la matière ; 2000 (1974) répète l'avertissement de Fin de monde. Le Livre des questions (Libro de las preguntas, 1974) et le Cœur jaune (El corazón amarillo, 1974) restent fidèles à la veine amorcée dans Vaguedivague (Estravagario, 1958) ; Élégie (Elegía, 1974) évoque les compagnons disparus, enfin Défauts choisis (Defectos escogidos, 1974) noue étroitement la géographie américaine aux expériences intimes du poète.
Les Mémoires, parues en 1974, J'avoue que j'ai vécu (Confieso que he vivido), ne consistent pas en une somme de souvenirs mais en une méditation sur la poésie : « Ma vie est une vie faite de toutes les vies : les vies du poète. »
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