Avec Pablo Escobar, tué le 2 décembre 1993 par les forces anti-drogue colombiennes, disparaît, à quarante-quatre ans, celui qui symbolisait le pouvoir et la richesse des trafiquants de drogue. En Colombie, aux yeux des milliers de personnes qui suivirent son enterrement, il incarnait en outre la revanche des humbles et des métis sur les classes dominantes créoles. Fils du contremaître d'une propriété appartenant à une grande famille de Medellín, le jeune Pablo, après avoir été chauffeur chez un industriel, entra dans le monde de la délinquance : vol de voitures, puis trafic de cocaïne. Arrêté en juin 1976, alors qu'il s'apprêtait à prendre livraison de vingt kilos de cette drogue, il ne fut jamais jugé, son dossier ayant été détruit et tous les témoins successivement assassinés.
Ses méthodes expéditives se doublaient d'un sens extraordinaire de l'organisation : il sut utiliser la colonie de Colombiens installée aux États-Unis pour monter ses réseaux d'exportation et de distribution de cocaïne et s'entourer de gens audacieux — qui ne constituèrent cependant jamais un “cartel” proprement dit. À Medellín, il s'est rendu populaire en aménageant des stades de football ou en faisant construire une cité de logements sociaux, mais il a surtout “donné du travail” à des centaines de jeunes tueurs, passeurs de drogue ou gardes du corps.
L'origine de la guerre menée par Pablo Escobar contre l'État colombien à partir de 1984 semble avoir une cause principale : des membres de la bourgeoisie, qui avaient accepté de faire des affaires avec lui, ou reçu son argent pour mener une carrière politique, refusèrent de l'admettre dans leurs clubs, de recevoir ses enfants dans les meilleurs établissements d'enseignement, de le voir siéger à leur côté sur les bancs du Parlement où il s'était fait élire comme député suppléant dans les rangs d'une dissidence du Parti libéral en 1982. Ainsi il fera tuer en 1984 le ministre de la Justice Rodrigo Lara Bonilla et, en 1989, le candidat à l'élection p […]
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