En avril 2005, le P.S. a célébré son centenaire, sans pompes particulières, principalement sous la forme d'un colloque. Cette discrète commémoration traduit le rapport problématique que ses dirigeants entretiennent avec leur histoire. Si ces derniers n'ont jamais cessé de revendiquer l'héritage de Jean Jaurès et de Léon Blum, la filiation avec la S.F.I.O. a toujours été beaucoup plus difficile à assumer. Ses compromissions, sous la IVe République, dans des alliances locales et nationales de centre-droit dites de « Troisième force », ont conduit Guy Mollet, son secrétaire général devenu président du conseil en 1956, à intensifier la guerre en Algérie puis à soutenir, en 1958, le général de Gaulle et la Ve République. Son incapacité à s'adapter à la présidentialisation des institutions et aux nouvelles aspirations sociales et culturelles ont fait de la S.F.I.O. un repoussoir pour la très grande majorité de ceux qui ont rejoint le P.S. dans les années 1970. À leurs yeux, les deux figures qui incarnent alors le mieux le socialisme sont François Mitterrand et Pierre Mendès-France : ni l'un ni l'autre ne sont issus de la S.F.I.O. !
Mais la période de doute identitaire qui s'est ouverte après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 explique sans doute davantage encore l'embarras des socialistes vis-à-vis de leur passé. Celui-ci semble ne plus pouvoir leur offrir, comme auparavant, de référents pour définir ce qu'ils sont et où ils vont. Les trois législatures au cours desquelles ils ont tenu, à titre principal, les rênes du pouvoir (1981-1986, 1988-1993, 1997-2002), constituent en effet une rupture dans leur histoire. À la différence de beaucoup de partis sociaux-démocrates européens, les socialistes ont, jusqu'en 1981, peu gouverné l'État. Sous la IIIe République, si on laisse de côté la participation à l'« Union sacrée » au cours de la Première Guerre mondiale, ils ont soutenu, sans participer au gouvernement, des majorités de centre-gauche – blo […]
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