3. L'exil et la survie
Une dizaine d'années après la publication de l'Art d'aimer, Auguste semble découvrir l'immoralité de ce poème et décide d'exiler son auteur. Il s'agit visiblement d'un prétexte destiné à voiler des motifs sur lesquels on a fait beaucoup d'hypothèses et qui sont probablement politico-religieux. En exil, la poésie d'Ovide s'intériorise. Les Tristia et les Epistulae ex Ponto (ou Pontiques) se présentent comme des épîtres en distiques élégiaques adressées à Auguste, à la femme du poète, à ses amis. On y découvre ce que la poésie du « moi » peut devenir pour un latin privé de l'encadrement romain. Le voyage par mer dans la tempête, la révolte, les prières réitérées, la fidélité et l'infidélité des amis, la rigueur du pays gétique, la lente mais inéluctable perdition dans l'ennui d'un dépaysement trop intense pour être pittoresque, donnent à ces poèmes leur tonalité. Cependant, on y retrouve aussi les souvenirs du passé, de Sulmone, du printemps romain, des connivences littéraires. Tous ces motifs s'imbriquent et se rejoignent en de mélodieuses variations qui ne sont ressassements que pour un lecteur inattentif.
La « gloire » d'Ovide fut celle qu'il attendait. Le Moyen Âge lui fit, particulièrement aux xiie et xiiie siècles, une légende de sagesse et de sainteté quelquefois teintée de magie. On l'a lu, recopié, expliqué, commenté, déformé, interprété, moralisé. Les ouvrages didactiques de langue latine l'utilisent comme une autorité à l'instar de Virgile. Les poètes imitent son style, empruntent sa mythologie et sa connaissance multiforme de l'amour ou du changement. Marbode, Baudri de Bourgueil, Alain de Lille, Boccace, Dante, Chaucer, Marie de France, Chrétien de Troyes, les auteurs du Roman de la rose, etc., lui ont pris des formes et des thèmes comme plus tard l'ont fait les auteurs de la Renaissance, dans toutes les langues. Beaucoup d'artistes, de peintres surtout, se sont souvenus des légendes qu'il avait contées. Certains de ses personnages ont donné leur nom à des complexes ou à des catégories psychologiques... Tout cela a tenu, sans doute, à ce que furent son sens de l'humain et son amour de la poésie.
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