2. Un cinéma de résistance : « tenir et ne rien lâcher »
C'est là son credo, énoncé au cours de plusieurs entretiens. Ousmane Sembène pratique un cinéma d'éveil (Ceddo, son chef-d'œuvre, aura des ennuis avec la censure sénégalaise). Il décrit, avec l'esthétique pauvre des petits budgets, des tensions fortes entre les êtres pris dans une scénographie très composée. Au tournage, il ne laisse aucune place à l'improvisation ; son montage donne le sens, et la force de ses films tient à la vigueur du récit, que la tonalité majeure en soit le drame (Emitaï, Le Camp de Thiaroye), un humour caustique et léger (Le Mandat, Xala), ou encore la magie du fantastique (Ceddo). Conteur selon la tradition du griot, friand de palabres, Ousmane Sembène relie directement la tradition orale au cinéma sans passer par l'univers de l'écrit. La fin de Xala a des accents buñuéliens (le riche bourgeois dénudé livré aux crachats des mendiants).
Mais Ousmane Sembène n'abandonnera jamais la littérature, et plusieurs films seront adaptés de ses nouvelles (Vehi-Ciosane donnera Niaye, La Noire de... est issue de Voltaïque) et de ses romans (Le Mandat, Xala) dans lesquels il dénonce autant les obscurantismes de certaines traditions que le libéralisme sous toutes ses formes du monde occidental. Tourné en deux versions – française et ouolof –, Le Mandat brocarde bureaucratie et bourgeoisie postcoloniales dans la chronique d'une nouvelle société où triomphe l'argent et où toutes les valeurs se confondent : puissant polygame chez lui, Ibrahim se heurte à une corruption généralisée et se fera gruger. L'ironie grinçante pimente la fable du moraliste. Le même ton se retrouve dans Xala, mais en plus burlesque (l'impuissance frappe le nouveau nanti du régime, le soir de ses troisièmes noces) et en plus violent (dégringolade sociale, misère dramatique du petit peuple). Le constat de la comédie politique est rude mais savoureux.
Pour faire retour sur les exactions du colonialisme en temps de guerre, Ousmane Sembène mélange i […]
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