13. Les épopées
Tandis que les mythes exposent la geste divine dans un but d'efficacité liturgique, les épopées sont consacrées à la geste humaine dans un dessein d'instruction ; elles enseignent aux hommes des « types » de comportements qui attirent sur eux la bénédiction des dieux et éloignent leur malédiction. Le mythe considère le monde du point de vue divin, l'épopée du point de vue humain. Elle est l'envers du mythe comme la voûte céleste est l'envers du monde divin. Le noyau de l'épopée est historique en ce sens qu'un personnage particulièrement représentatif cristallise autour de lui les traditions et les préoccupations constantes du pays. Les fouilles d'Ougarit ont révélé deux épopées, celle de Kéret et celle d'Aquehat, fils de Danel.
• L'épopée de Kéret
Kéret est roi d'un Beth-Chabir, probablement d'un clan semi-nomade comparable à celui d'Abram dont la présence sur le parcours du Croissant fertile est si caractéristique de la situation du Proche-Orient au IIe millénaire. Le douar de Beth-Chabir est installé alors d'une façon stable à quelques lieues d'Ougarit ; au début du poème il est complètement anéanti : Kéret n'a plus ni résidence ni famille ; il est prostré dans sa chambre, pleurant, « ses larmes coulent à terre comme des sicles ». El lui apparaît, lui annonce qu'il doit quitter le lieu de ses malheurs et lui expose la marche à suivre : il doit d'abord offrir un sacrifice, préparer lui-même « la nourriture pour la cité et le froment pour le Beth-Chabir, le pain de cinq mois et les provisions de six mois » ; le clan tout entier doit partir, non seulement « la massive armée », mais aussi les isolés, les veuves, les malades et les aveugles ; six jours de marche sont prévus pour atteindre Edom, principauté au sud de la mer Morte ; il ne devra pas attaquer la capitale du pays mais attendre les propositions pacifiques de Pabil-malik, son roi ; celles-ci doivent lui parvenir au matin du septième jour, après son arrivée sous les murs de la ville ; en réponse, Kéret demandera à Pabil-malik sa fille en mariage ; le dieu El esquisse de la jeune fille un tel portrait que le bonheur réveille Kéret et termine par là mê […]
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