2. Dissensions et rupture
Mobilisé en Pologne de 1916 à 1919 et coupé de la vie viennoise, il ne sera plus, si l'on en croit Ernest Jones, tout à fait le même homme lorsqu'il retrouvera celle-ci. En 1920, il s'installe comme analyste, avec des difficultés qui tiennent au fait qu'il n'est pas médecin, et il assiste au congrès de La Haye où s'affirme le caractère international du mouvement analytique et où se réorganise le « Comité » qui comprend Abraham, Ferenczi, Jones, Sachs, Rank, Eitington, Freud et dont il devient lui-même le secrétaire. Une profonde incompatibilité d'humeur éclate alors entre le méticuleux Ernest Jones et l'entreprenant Otto Rank. Celui-ci, en revanche, se trouve en grande affinité avec Ferenczi : ils publient ensemble le Développement de la psychanalyse (1923), premier essai de synthèse sur les problèmes de la technique, dans lequel Jones et Abraham voient des éléments hétérodoxes, notamment une sous-estimation des « sources historiques dans l'enfance » à propos de l'étude des tendances. Ce livre, d'ailleurs, ne tient pas compte de toutes les phases du traitement ; il méconnaît certains textes de Freud sur la dynamique du transfert et sur les relations entre remémoration et répétition ; il annonce aussi les orientations futures des recherches techniques de Rank. Les remous qu'il suscite obligent Freud à intervenir à titre de conciliateur.
Ferenczi et Rank publient ensuite, l'un Thalassa. Esquisse d'une théorie de la génitalité, l'autre son ouvrage le plus célèbre, Le Traumatisme de la naissance (1924), qui traite de « l'influence de la vie prénatale sur l'évolution de la vie psychique individuelle et collective ». Tandis que Freud voit dans les modalités physiques et physiologiques de la naissance une cause d'angoisse mais en maintenant que la source des névroses est d'ordre sexuel, Rank souligne l'importance de la séparation d'avec le corps de la mère et de la perte de la situation de plaisir caractéristique de la vie intra-utérine, ce trauma de la naissance constituant, à ses yeux, la source des névroses ; toute angoisse névrotique répète les phénomènes physiologiques de la n […]
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