3. Les formes contemporaines de l'ostracisme
• L'antisémitisme
La crainte de la métamorphose liée au refus de la liberté et à la méfiance à l'égard de l'esprit critique engendre donc l'agression à l'égard de ceux qui sont réputés différents. C'est sous cet angle que l'antisémitisme reste un des visages historiques et contemporains de l'ostracisme. Le judaïsme, religion de prêtres et de rois, n'a cessé d'être la victime des sociétés chrétiennes ou athées. Car, pour les uns comme pour les autres, il reste le témoin d'une parole première sur laquelle se fonda l'élection, qui signifie non une supériorité, mais la responsabilité de transmission de la volonté divine. Rien d'étonnant par conséquent s'il continue, malgré les dénégations hypocrites, à être attaqué de toutes parts. Ostracisme par omission, comme c'est le cas de la communauté œcuménique de Taizé, ostracisme par destruction, comme ce fut le cas de l'Allemagne nazie, ou ostracisme par élimination des fonctions, comme c'est le cas de plusieurs pays communistes, dont l'U.R.S.S., ces trois modalités relèvent, sur des plans différents, du processus historique inversé.
Le pouvoir religieux majoritaire ou en vogue ne se sert plus du pouvoir politique, et celui-ci ne s'appuie plus sur des structures ecclésiales pour ostraciser une communauté. Mais tous deux visent à détruire dans le judaïsme ce que les savants redoutaient chez les alchimistes, Philippe le Bel chez les Templiers, les paysans chez les sorciers : la recherche d'une connaissance totale fondée sur la Parole d'autant plus redoutable que sa liberté vient de l'invisible, donc de ce qui est inaccessible au contrôle des hommes et des États.
Cette crainte explique le complot sémantique qui refuse au concept « juif » une structure religieuse et le confine à la dimension politique apte à véhiculer les préjugés et les haines collectifs. C'est de cette façon que le Schéma sur les juifs du IIe concile du Vatican emploie le mot – renouvelant l'erreur des IIIe et IVe conciles de Latran au xiii< […]
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