L'une des plus fortes personnalités du Bauhaus, où il enseigne de 1920 à 1929, tout d'abord chargé des ateliers de sculpture et de peinture murale, puis de l'atelier de théâtre (1923). Malgré une formation classique de peintre à Stuttgart chez Adolf Hoelzel, au côté de Meyer-Amden, Schlemmer a su élargir le champ de sa réflexion à partir de considérations purement plastiques dérivant de l'étude du corps humain et de ses rapports avec l'espace. Il préconise la réduction du corps à des éléments simples : cercle, sphère, cylindre, cône, et à des lignes géométriques dont l'emplacement est fixé par des règles de composition (Homo, figure T, 1919-1920). Ses peintures, ses dessins, ses aquarelles constituent à eux seuls un essai d'intégration de la surface peinte à la totalité de l'architecture que concrétisent mieux encore les peintures murales réalisées au Bauhaus ou à Essen : tonalités claires, volumes simples, trouées lumineuses, concertation et rapports de formes vivantes (L'Entrée du stade, 1930 ; L'Escalier du Bauhaus, 1932). Dans ces œuvres, l'homme est toujours présent, il est même le foyer de l'espace qui s'organise autour de lui. Ces conceptions, conjuguées à un refus de l'émotion, de l'expressivité, sont plus nettes encore dans les recherches théâtrales que Schlemmer a menées presque exclusivement au Bauhaus. Dans une mise en scène dépouillée à la manière de Gordon Craig et d'Adolphe Appia qui exclut toute action de type romantique, Schlemmer organise des ballets-mimodrames où seul compte le jeu plastique des corps dans l'espace : « partir des positions du corps, de sa simple présence, de la position debout, de la marche ». Les costumes pour lesquels l'imagination de l'artiste se plie à la géométrie en exploitant la richesse des matériaux (métal, y compris le fil de fer qu'il employait pour ses sculptures), les masques, les jeux de lumière et de couleurs (dus surtout à Hirschfeld-Mack) dramatisent le décor schématique (Danse du métal, 1927) et les attitudes mécaniques issues de l'art de la marionnette (on retrouve ce thème chez Paul Klee, qui était au Bauhaus à cette époque). On retiendra, entre autres, le Ballet triadique (Triadisches Ballett), travaillé dès 1912 et présenté en 1922 (« Trilogie : danse, costume, musique »), Le Cabinet des figures (1922), la Danse des bâtons (1927), où chacun des gestes du danseur est amplifié par les longs bâtons blancs fixés à ses membres, les Danses d'expression (1926). « Aborder le monde comme s'il venait tout juste d'être créé », conseillait Schlemmer en 1929, mais il ne fut suivi que par Roman Clemens, son élève.
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