C'est à la fin du xixe siècle et au début du xxe que l'image cesse d'être pensée en termes d'imitation des formes naturelles : séparant nettement la vision du visible, les artistes ne cherchent plus à représenter le monde mais à l'exprimer par équivalences plastiques.
Peintre, graveur, dessinateur, décorateur de théâtre, mais aussi écrivain et auteur dramatique, Oskar Kokoschka compte parmi les figures les plus marquantes de l'art contemporain. Sa personnalité est difficilement réductible à un courant artistique : son œuvre est en effet souvent cataloguée comme expressionniste.
Pour Kokoschka, l'expressionnisme ne peut se conformer à un style : il constitue plutôt un authentique « modus vivendi » artistique. « Je pense que je suis le seul véritable expressionniste, précisait le peintre ; le mot expressionnisme est un mot commode qui veut tout dire de nos jours. Je ne suis pas expressionniste parce que l'expressionnisme est un des mouvements de la peinture moderne. Je n'ai pris part à aucun mouvement. Je suis expressionniste parce que je ne sais pas faire autre chose qu'exprimer la vie... La quatrième dimension dans mes toiles est une projection de moi-même. » Ce témoignage nous aide à comprendre une œuvre picturale dont l'auteur, n'appartenant à aucun courant et n'épousant aucune attitude extrémiste, a pourtant su trouver des points de contact avec les grands mouvements, les groupes ou les personnalités artistiques de son temps.
1. Une œuvre littéraire et plastique
Kokoschka est né à Pöchlarn (Autriche) en 1886 ; il a fait ses études à l'École d'arts et métiers de Vienne. À Vienne, en cette première décennie du xxe siècle, Schönberg élabore son système dodécaphonique ; Freud, la psychanalyse ; Adolf Loos, la théorie du rationalisme fonctionnaliste dans l'architecture.
Le monde de la peinture est alors marqué par la sécession de Klimt et du groupe qui l'entoure. « À tout temps, son art ; à tout art, sa liberté », proclamait Klimt, qui, en respectant la bidimensionalité du support, conférait […]
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