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ORPHISME

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2.  Refus du sacrifice sanglant

Le genre de vie orphique se définit par un certain nombre d'interdictions, dont les unes sont alimentaires et les autres vestimentaires. Ne pas se laisser ensevelir dans des vêtements de laine, porter des habits de couleur blanche, ne pas entrer en contact avec un cadavre, autant de refus de ce qui appartient au monde de la mort. Sur le plan alimentaire, le régime orphique se caractérise essentiellement par le refus de manger « ce qui est animé » et par le souci de consommer seulement ce qui n'est pas « vivant ». Les Grecs définissaient ce végétarisme par une formule en apparence énigmatique : « Orphée a enseigné aux hommes à s'abstenir de phonoi. » Littéralement, phonos signifie meurtre. En l'occurrence, ce mot a d'autres significations : c'est, en particulier, le nom réservé au sacrifice sanglant dans toute une tradition religieuse. S'abstenir de « meurtres » est une manière ésotérique d'exprimer le refus de la nourriture carnée. Il ne s'agit pas là d'un caprice alimentaire. Que signifie, en effet, dans la société grecque, manger de la viande ou refuser d'en manger ? Dans une société où la consommation de la nourriture carnée est inséparable de la pratique du sacrifice sanglant, c'est-à-dire de l'acte rituel le plus important de la religion politique, refuser de manger de la viande, c'est rejeter tout un ensemble de valeurs religieuses, c'est refuser un certain type de communication entre les hommes et les dieux.

En effet, le premier sacrifice sanglant remonte au partage que Prométhée fit à Méconè d'un bœuf destiné à réconcilier les dieux et les hommes. Partage qui aboutit, par la ruse de Prométhée et la contre-ruse de Zeus, à fixer le régime alimentaire qui différencie les hommes et les dieux. En réservant aux hommes toute la chair du bœuf et en ne laissant aux dieux que l'odeur des viandes et le fumet des graisses, Prométhée condamnait l'espèce humaine au besoin vital de manger de la viande et, par conséquent, l'assujettissait à la faim et à la mort. Par là même, son partage consacrait la supériorité des dieux qui se satisfont d'odeurs et de parfums. Telle est la répartition première que les orphiques entendent nier en refusant à la fois de manger de la viande et de participer aux sacrifices célébrés par la cité. Ce que les disciples d'Orphée rejettent, c'est donc tout le système politico-religieux, le « monde », la vie dans le monde.

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