6. Les ornements intégrés à la musique
Si l'on rencontre toujours des ornements dans la musique du xviiie siècle, c'est sous une forme différente de celle du xviie et qui correspond à la précision et à la rigueur de l'attitude classique. Désormais, toutes les formules qui incarnaient la liberté d'interprétation au siècle précédent ont disparu des partitions à l'exception des petites notes et des trilles.
Mais le phénomène le plus caractéristique de cette évolution réside essentiellement dans l'intégration systématique des formules ornementales à l'écriture musicale : les ornements sont écrits en toutes notes et doivent être exécutés selon les critères normaux de la lecture, c'est-à-dire littéralement, à la fois sur le plan mélodique et sur le plan rythmique. Une telle transformation dépasse largement le cadre d'une mode ou d'un style en révélant un bouleversement dans la mentalité musicale elle-même. Avec l'apparition du style concertant, la musique, qui a quitté les salons pour les salles de concert, devient de plus en plus l'affaire d'interprètes professionnels.
Une dialectique féconde se produit entre la progression de la technique instrumentale et la complexité croissante d'une musique qui s'adresse de plus en plus à des virtuoses. Du même coup, l'écriture devient plus riche, plus précise et par conséquent plus contraignante. Les ornements sont eux aussi plus précis : Mozart les écrit en petites notes à l'intérieur de la portée. Les auteurs romantiques feront de même et Chopin fera figurer au-dessus de la portée des phrases entièrement notées en minuscules.
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