3. Les notes inégales
La liberté d'interprétation que supposait l'ornementation improvisée ne s'appliquait pas seulement à la mélodie ; le rythme, lui aussi, faisait l'objet d'une « interprétation ». Le musicien jouissait d'une certaine latitude dans l'exécution du rythme et, sans aucun doute, personne n'aurait eu l'idée d'interpréter un texte sans y apporter d'éléments personnels.
Contrairement aux compositeurs du xixe siècle et du début du xxe qui, cédant au courant rationaliste, exigent des interprètes une exécution extrêmement rigoureuse de leurs œuvres eu égard à l'écriture de la partition, les musiciens de la Renaissance et du baroque conçoivent la musique comme le résultat des apports conjugués du compositeur et de l'exécutant. Il ne faut voir là, cependant, aucun laisser-aller ; la latitude d'interprétation avait pour but principal la perfection de l'expression musicale : « De même qu'il y a une grande différence entre la grammaire et la déclamation, plus grande encore est la différence entre la théorie musicale et l'art de bien jouer » (François Couperin, L'Art de toucher le clavecin, 1716). Ainsi, la coutume était d'appliquer certaines altérations rythmiques qui portaient en général sur les notes les plus brèves utilisées dans un type de mesure. De la sorte, on valorisait les unités rythmiques représentées par les valeurs immédiatement supérieures. Loys Bourgeois (1510 env.-1559) écrit dans Le Droict Chemin de musique (Genève, 1550) : « La manière de bien chanter les demi-minimes (noires) en ces signes diminués (les signes de mesure) &Osrtoke ;, &Csrtoke ;, O2, C2, O2, C2 est de les chanter comme de deux en deux, demeurant quelque peu davantage sur la première que sur la seconde, comme si la première avait un point et que la seconde fût une croche comme il s'ensuit » (fig. 4). Si, par exemple, l'unité rythmique est la noire, on pointe les croches de deux en deux. Cette tradition est générale pour toute la musique ancienne et ne fut pas désavouée par les composi […]
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