2. Le désordre, sauvegarde des valeurs humaines
L'antagonisme entre l'ordre et le désordre est inhérent à toute société. S'il dépasse le niveau du tolérable, la révolution intervient comme un mécanisme régulateur qui, par l'intronisation d'un pouvoir politique neuf, assujettit le groupe à une nouvelle image de l'ordre. Toute révolution se fait toujours contre une histoire dont elle s'efforce de détourner le cours. Mais tout autant que celui qu'elle nie, le pouvoir qui en procède est marqué par cette histoire. C'est pourquoi chaque type de société porte en lui le germe de sa propre révolution. Si, aujourd'hui, la jeunesse se rebelle, c'est parce qu'elle refuse de s'engager dans la voie tracée par l'évolution de la société technicienne. Et si c'est précisément la jeunesse qui s'agite, c'est parce que cette société l'a placée matériellement et intellectuellement en position de contester.
Tout comme la société capitaliste du xixe siècle a vu le prolétariat que son ordre avait créé pour la servir se retourner contre elle, la société de consommation subit l'assaut de ceux qu'elle forme pour être ses animateurs et ses cadres. Mais politiquement la situation est différente. Le prolétariat constituait une force politique, car ses aspirations s'exprimaient dans un pouvoir de fait qui participait à la dialectique de l'ordre et du mouvement. Le projet révolutionnaire s'adossait à une image d'un ordre désirable et, par conséquent, fournissait une énergie à la politique génératrice de cet ordre. Aujourd'hui, en professant son attachement à l'idée de révolution permanente le mouvement juvénile se refuse souvent à être, face à l'ordre établi, le second élément de l'alternative. Il bloque les portes afin que le courant d'air qu'il a libéré ne les referme pas sur un univers à nouveau clos. Seulement, si ce souci exprime une généreuse confiance dans les forces créatrices de la vie, il exclut la formation d'un pouvoir, car faute de savoir qu'en faire il est « un pouvoir qui se fuit lui-même » (Epistemon, < […]
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