2. Évolution et style
L'oratorio est donc essentiellement italien et romain, par ses origines comme par son contexte liturgique. Au cours de la seconde moitié du xviie siècle, l'oratorio perd son caractère fonctionnel lié à la pratique religieuse ; il se transforme en un genre musical autonome qui joue un rôle dans la vie musicale, suppléant par exemple à l'opéra pendant les « temps clos » où les autorités ecclésiastiques interdisaient le théâtre lyrique. Les grands maîtres du genre sont Alessandro Stradella (1644-1682), utilisant tous les éléments du style nouveau et notamment le concerto grosso comme principe de composition (San Giovanni Battista), et surtout Giacomo Carissimi (1605-1674), l'auteur de Jephte, chef-d'œuvre du genre, et d'un grand nombre d'oratorios remarquables dominés par le triptyque sur les fins dernières (Judicium extremum, Planctus damnatorum, Felicitas beatorum). Son disciple parisien, Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), acclimata l'oratorio en France ; il nous a laissé d'admirables Histoires sacrées.
À la fin du xviie siècle, certains auteurs prennent le prétexte d'un sujet pittoresque de l'Ancien Testament, comme Suzanne ou Bethsabée, pour écrire des oratorios que les contemporains jugèrent érotiques ; par ailleurs, malgré les efforts de poètes de la qualité de Métastase, les séquences chorales ou les ensembles ont tendance à s'effacer au profit des airs de solistes. Les plus grands créateurs du xviiie siècle italien sont Alessandro Scarlatti (1660-1725), Leonardo Leo (1694-1774), Pergolèse (1710-1736), Antonio Caldara (1670-1736) qui acclimata plus largement l'oratorio dans la capitale autrichienne, Niccolò Jommelli (1714-1774) qui eut une influence de même ordre en Allemagne. En même temps que le rayonnement de l'oratorio italien s'étendait, sa forme se dégradait en une sorte d'opéra sacré. Un des derniers chefs-d'œuvre authentiques est dû à Mozart ; c'est la Betulia liberata (KV 118) probablement créée à Padoue en 1771.
Quoique directement inspiré pa […]
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