5. Influence de l'oracle
On ne saurait prêter à Delphes la politique coloniale inscrite dans une historiographie tardive où toute narration s'embellit d'oracles. Mais le temple a certes encouragé des audacieux, décidé des hésitants, approuvé le transfert de traditions religieuses dans les colonies. Son arbitrage était capable d'apaiser des désaccords grâce à une solution quelconque toujours acceptée. Appliquant le principe pythagoricien de s'en tenir aux lois et coutumes des ancêtres, il a pacifié les cités et les esprits en approuvant des rituels de purification et d'expiation ainsi que des cultes archaïques, concernant notamment les héros, petites divinités locales souvent anonymes, éclipsées peu à peu par les Olympiens, et qu'en présence d'une calamité on pouvait toujours supposer irritées. Son action éducatrice, qui fut considérable, résulte surtout de la problématique incluse dans le jeu des questions et des réponses. La littérature oraculaire – et l'apocryphe encore plus que l'authentique – rappelle à l'homme la faiblesse de sa condition, la précarité de toute prospérité, le danger de tout dépassement : la morale des Sept Sages. Le miracle de Delphes fut d'avoir été moins un centre d'émission qu'un foyer d'appel d'où rayonna ensuite une éthique en plein développement. Consulté sur tous les problèmes résultant de la faute et de la souillure, Apollon apparut comme un dieu capable de réconcilier l'homme avec les puissances mystérieuses. L'histoire de Crésus (Hérodote, I, 47-56, 85-88), moralité mise en forme de révélation oraculaire, devint ainsi un hymne à la sagesse du Pythien. Et le sanctuaire, qui en matière religieuse a surtout recommandé le respect du passé, est ainsi devenu celui qui a le plus contribué à modifier l'idée que les hommes se faisaient d'un dieu.
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