4. La chute des Omeyyades
Quels qu'aient été les mérites des Omeyyades, il est clair que l'évolution des conditions sociales, matérielles et spirituelles exigeait une transformation du régime. Les mécontents, plutôt qu'un programme, avaient le plus souvent en commun, encore que vaguement, l'idée que les problèmes seraient résolus si la direction de la communauté revenait à un détenteur légitime, appartenant à la famille du Prophète. Celui-ci n'avait pas eu de fils, mais il avait deux oncles, de parenté égale avec lui, et le fils de l'un d'eux, ‘ Alī, avait épousé sa fille Fāṭima. ‘Alī puis ses fils, on l'a vu, avaient cependant été évincés. Après une période de calme ou de travail secret, de nouveaux prétendants se déclarèrent : Zayd, arrière-petit-fils de ‘Alī, qui se révolta à Kūfa en 740 et fut mis à mort, ‘Abd Allāh b. Mu‘āwiya, descendant d'un frère de ‘Alī, qui se maintint en Iran méridional de 743 à 749. Les discordes qui éclatèrent au sein de la famille omeyyade après la mort de Hishām hâtèrent la chute. Parmi les tribus arabes, il existait deux partis qu'opposait une haine héréditaire : les Omeyyades ne surent plus maintenir entre eux l'équilibre. En 749 une révolte, préparée de longue date dans le Khurāsān (Iran du Nord-Est) au bénéfice d'un membre de la famille de Muḥammad dont on ne précisait pas l'identité, aboutissait, sous la conduite d'Abū Muslim, client d'un descendant du second oncle du Prophète, ‘Abbās, à l'écrasement des Omeyyades, pourchassés et massacrés, et à l'avènement de la dynastie ‘abbāside nouvelle.
Bien que personne ne se fût levé pour sauver les Omeyyades, leur souvenir subsista. Pendant un siècle, des rebelles se réclamèrent d'eux, en Syrie et en Égypte. La secte kurde des Yazīdīs évoquait le souvenir de Yazīd, le fils de Mu‘āwiya. L'idée qu'un Sufyānide reviendrait un jour ou l'autre se maintint dans certains milieux. Plus largement, la plupart des musulmans, même soumis aux ‘ Abbāsides, se refusaient à admettre qu'on maudît les Omeyyades, qu'on désavouât donc implicitement leur œuvre, et le droit ultérieur devait reconnaître une légitimité égale aux deux dynasties.
Un hasard historique amena en Occident une renaissance omeyyade : un survivant de la dynastie déchue parvint en 756 à s'emparer de l'Espagne. Ses descendants devaient s'y maintenir deux siècles et demi, et atteindre puissance et gloire. Ils n'aspiraient nullement à reconquérir leur héritage oriental, mais, lorsqu'au xe siècle les Fāṭimides eurent rompu avec la fiction de l'unité califale, les Omeyyades de Cordoue à leur tour relevèrent le titre. La dynastie et le titre disparurent tous deux dans la première moitié du xie siècle.
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