2. Glorifier les vertus divines
Chaque Olympique met parallèlement en scène le héros vainqueur d'une ou plusieurs épreuves des jeux, et un ou plusieurs mythes destinés à lui donner son sens véritable. En effet, Pindare n'entend pas se limiter à narrer une succession d'exploits. Il souhaite leur rendre leur véritable dimension, celle de l'exaltation des vertus morales des dieux et des héros, les plus dignes d'être imitées par les hommes. Le rapport au monde fonde également une hiérarchie des valeurs. Si l'eau est l'élément le plus essentiel à la vie humaine, l'or « la plus noble parmi les richesses » (Ire et IIIe Olympique), les jeux Olympiques sont les plus grands de tous les jeux. L'or est ici compris non comme une valeur vénale, mais en sa qualité de chair des dieux, dans un registre sacral qui glorifie les vertus divines.
L'ensemble de l'œuvre de Pindare cherche à établir le lien nécessaire entre le monde divin et celui des hommes. Le mythe, la famille, la cité, l'athlète sont en eux-mêmes des réalités fragmentées, qui n'ont de sens que dans leur rapport à un idéal divin, présent ici-bas à travers les actions des héros, à mi-chemin des hommes et des dieux. Pindare, au-delà des exploits relatés, donne à lire la vie au travers des mythes. Ce qui peut l'amener d'ailleurs à les réécrire, quand la tradition en donne une présentation irrecevable pour le poète. Ainsi, Déméter ne peut avoir dévoré le jeune Pélops, offert au banquet des dieux par son père Tantale. Car, nous dit Pindare, « il m'est impossible de traiter de goinfre aucun des Bienheureux » (Ire Olympique). Pindare propose alors une autre hypothèse : Pélops a été enlevé par Poséidon, follement épris. C'est donc une volonté philosophique qui est en jeu ici, la réécriture du mythe montrant aux humains les voies à suivre dans la purification de soi-même. L'homme doit tendre en permanence vers le Bien, et rechercher, tout comme l'athlète, les louanges. Trop humain pour ignorer les faiblesses et les moments d'égarement, Pindare présente des dieux enclins au pardon et au rachat des erreurs, si l'homme accepte de mettre son énergie au service du Bien. Pindare n'est pourtant pas un moraliste ou un philosophe. Il est avant tout un poète admirable, parfois difficile, inquiet de l'avenir et du salut des hommes.
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