5. Le créateur ne doit pas vieillir
En 1978, l'ensemble de l'œuvre d'Olivier Messiaen est exécutée presque intégralement lors d'un festival qui lui est consacré à Paris ; rarement compositeur aura été, de son vivant, l'objet d'une telle célébration, mais la maladie et une opération urgente privent Olivier Messiaen de la joie d'y assister. C'est également l'année où, ayant atteint l'âge de la retraite, il quitte sa classe de composition du Conservatoire national de Paris, mettant ainsi un point final à trente-sept années d'un enseignement inoubliable, dont Iannis Xenakis, l'un de ses anciens élèves, a pu écrire : « Ce fut une sorte de soleil qui illuminait la musique, celle du passé comme celle du futur, d'un éclairage généreux et plein d'amour, comme ces arcs-en-ciel de vitraux sonores qu'il chérissait. » Peut-être cette interruption, douloureuse pour un homme si naturellement pédagogue, était-elle nécessaire pour qu'il puisse mener à bien l'œuvre gigantesque commandée par Rolf Liebermann et entreprise en 1975 : Saint François d'Assise, opéra en trois actes, d'une durée de quatre heures, pour solistes, cent cinquante choristes, et grand orchestre, créé à l'Opéra de Paris le 28 novembre 1983 sous la direction de Seiji Ozawa. Olivier Messiaen en a composé lui-même le livret, en ajoutant des éléments originaux au montage qu'il a réalisé avec des extraits des Fioretti de saint François d'Assise et de différents textes concernant le saint ; le compositeur a également établi les projets de costumes et de décors. Ce travail monumental interrompit la rédaction du Traité du rythme, commencé pourtant depuis longtemps.
Ses deux sujets de prédilection, l'orgue et les oiseaux, occupent les dernières années de sa vie : il compose le Livre du saint sacrement (1984), les Petites Esquisses d'oiseaux (1985), Un vitrail et des oiseaux (1986). Avant de mourir, le 28 avril 1992, il rend hommage à Mozart avec Un sourire (1991) et écrit, pour le cent cinquantième anniversaire de l'Orchestre philharmonique de New York, Éclair sur l'au-delà (1992).
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