3. Paradoxes d'une personnalité
L'homme qui a accordé la primauté à la mélodie et aux accords, issus de la polymodalité, d'une écriture harmonique est aussi le rythmicien subtil, celui en qui demeure une conscience aiguë de l'importance des différents paramètres musicaux (hauteurs, durées, timbres, intensités), ce qui l'a induit à concevoir l'application à chacun d'entre eux d'une organisation rationnelle, cristallisant ainsi les tendances de son époque. Il n'y a pas de tournant décisif dans l'œuvre d'Olivier Messiaen, car le Mode de valeurs et d'intensités n'est pas une rupture, mais l'aboutissement logique de ses recherches antérieures, et le style de la Transfiguration montre bien la permanence chez lui d'un expressionnisme mélodique et harmonique.
Chants d'oiseaux, associations de couleurs aux sons, ragas et talas indiens, constructions complexes et précises, libre jaillissement d'une expression parfois trop lyrique coexistent apparemment sans s'unir dans l'œuvre de Messiaen et sont à l'image du musicien lui-même. Profondément enraciné dans le passé, il a infléchi le cours de l'évolution musicale dans son temps ; la fraîcheur de sa personnalité, sa jeunesse, sa lucidité ont fait de lui la source claire et vivante qui a désaltéré toute une génération de musiciens.
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