À la fin du xviie siècle, en dépit du transfert du gouvernement shogunal à Edo (la future Tōkyō), Kyōto reste le centre intellectuel et artistique du Japon. L'aristocratie et les riches familles marchandes ont alors des intérêts communs : poésie, calligraphie, peinture, nō et chanoyu sont leurs passe-temps favoris. L'ère Genroku (1688-1704) vit tout à la fois l'apogée et le brusque déclin de ces grandes lignées bourgeoises qui furent bientôt ruinées par les daimyō, incapables de rembourser les sommes qu'elles leur avaient avancées.
1. Grandeur et décadence d'une maison de soieries
Depuis le début du xviie siècle, la maison de soieries Karigane-ya, fondée par la famille Ogata, avait prospéré sous le patronage des filles du daimyō Asai, épouses de Hideyoshi et du successeur de Ieyasu, Tokugawa Hidetada. La fille de ce dernier, mariée à l'empereur Go-Mizuno-o, fit, jusqu'à sa mort survenue en 1678, partie de sa clientèle. Le chef de cette firme, Ogata Sōken, grand amateur de nō, cultivait la peinture dans le style à la mode où se conjuguaient les tendances des Kanō et celles des Tosa, et il dut créer de nombreux ornements de kimono et de costumes de nō, si somptueux à cette époque. Bon calligraphe, il restait dans la tradition de Kōetsu, dont son grand-père avait été le beau-frère et que son père avait suivi à Takagamine. Sōken encouragea les dons de son second fils Ichinojō et, après l'avoir initié à la peinture, le confia à Yamamoto Sōken, de l'atelier des Kanō.
Ichinojō mena dans sa jeunesse la vie facile des fils de famille, fréquentant aristocrates et daimyō et partageant leurs divertissements coûteux. Bien qu'ayant hérité en 1678 d'une partie de la fortune et des collections familiales, il se trouva, à partir de 1693, dans une situation d'autant plus difficile que la Karigane-ya périclitait et devait faire faillite en 1697. Il dut, à ce moment, songer à tirer profit de ses talents de peintre pour subvenir à ses besoins et c'est vers cette date qu'il prit le nom de pinceau de Kōrin, so […]
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