2. Les ruptures
Il est évident que l'unité, si elle n'implique pas l'uniformité, ne saurait être spirituelle et invisible, pas plus que n'est invisible l'« œcuménie » qui en est la raison d'être.
C'est à partir du moment où l'on perd la perspective apostolique, missionnaire et universelle que les diversités deviennent divergences et les tensions fécondes ruptures stérilisantes : la confession de foi, résumé, à chaque époque et en chaque situation, de la compréhension de l'Évangile par l'Église, au lieu d'être comme le condensé de ce qu'elle a à communiquer, devient comme un signe distinctif d'identité jalousement affirmée et comme l'étiquette distinguant non seulement l'Église du monde, mais encore telle partie de l'Église de telle autre : au lieu de n'être que mission, l'Église se tourne vers elle-même, se définit et s'efforce de distinguer ce qui, en elle, est authentique de ce qui travestit le message originel ; la vigilance nécessaire et la fidélité à la Parole deviennent facilement introversion et raideur dogmatique. C'est ainsi que, dès le ve siècle, se constituent les grandes confessions orientales, séparées du tronc catholique, alors dominé par les Grecs et leurs spéculations sur la personne du Christ : lorsqu'en 451 le concile de Chalcédoine fixe dans une définition très élaborée la « doctrine des deux natures du Christ », on assiste à la constitution, en Églises autonomes, des communautés monophysites ; refusant l'« idole aux deux visages » qu'elle dénoncent dans la formulation conciliaire « un seul Christ en deux natures », elles proclament, avec bon nombre de nuances, l'unicité de nature en la personne du Christ, résultant d'un mélange en lui de la divinité et de l'humanité, et lui reconnaissent une nature théandrique ; de ce conflit, qui opposa principalement Alexandrie à Constantinople, sont nées certaines communautés chrétiennes existant encore aujourd'hui, telles l'Église orthodoxe copte d'Égypte, l'Église orthodoxe éthiopienne, l'Église apostolique arménienne, l'Église syrienne or […]
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