2. Père et fils
En 1963, Oe Kenzaburō, aux prises avec un drame personnel, est placé devant un dilemme : tuer ou ne pas tuer. Le résultat de ses réflexions est livré dans deux œuvres publiées l'année suivante : le héros de Sora no kaibutsu agui (Agwii, le monstre des nuages) se détruit, tourmenté par des hallucinations, après avoir supprimé son bébé atteint d'une malformation cérébrale. Au contraire, dans Kojinteki na taiken (1964, Une histoire vécue), le héros décide, après une longue hésitation, de vivre avec son enfant, handicapé mental. En acceptant de vivre dans cette dure réalité, il souligne à la fin du roman l'importance de la « patience » que guide l'espoir. Depuis lors, Oe Kenzaburō a construit plusieurs grands romans dans lesquels, malgré leur apparence violente, les images insolites et le ton excentrique, se révèle une sincère recherche du salut ; et cette approche du salut passe par la présence de l'enfant. La communion qui se crée entre le père et le fils croît d'une œuvre à l'autre. Man'en gannen no futtobōru (1967, Football en l'An I de l'ère Man'en), Warera no kyōki wo ikinobiru michi wo oshieyo (1969, Dites-nous comment survivre à notre folie), Kōzui wa waga tamashii ni oyobite (1973, Les Eaux me sont entrées jusqu'à l'âme) et Pinchi-ran'nā chōsho (1976, Procès-verbal des « pinch-runners ») sont des variations de plus en plus appuyées sur le thème père-fils. Et dans chaque œuvre ce couple formé du père et du fils est mêlé à une situation dramatique : la révolte des jeunes d'aujourd'hui superposée à la révolte paysanne d'il y a un siècle, la lutte acharnée et absurde dans un univers cauchemardesque menacé par la guerre nucléaire, le déchirement meurtrier et stupide entre les gauchistes, etc. Par la suite, le rapport entre père et fils fera place également à d'autres figures : la mère dans Jinsei no shinseki (1989, Parents de la vie), la jeune sœur dans Shizuka na seikatsu (1990, Une existence tranquille).
Roman paru en 1979, Dōjidai gēmu (Le Jeu de la synchro […]
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