2. Un surréaliste non orthodoxe
Mettre le monde en accord avec ses rêves ? Mais Elytis s'y applique avec zèle depuis qu'il écrit. Révolutionnaire dans le sens le plus large du terme, il ne cesse de songer à des changements profonds :
J'ai brassé les horizons dans la chaux et, d'une main lente mais sûre, bâti les quatre murs de mon futur. Il est, dis-je, grand temps que l'impudicité accède à la sacralité et dans un Couvent de Lumière garantisse l'instant suprême où le vent déchira une nuée légère sur l'arbre des extrémités de la terre.
Surréaliste peu enclin à la politique et assez respectueux de la tradition grecque, Elytis n'est pas un partisan de l'écriture automatique ; bien au contraire, depuis sa jeunesse il considère que, pour maîtriser la matière poétique, « il faut toujours une intervention consciente » (1938). Esprit pictural (la peinture occupe dans sa vie la deuxième place après la poésie), il transforme ses impressions en images dans lesquelles la présence d'éléments contraires semble être moins motivée par un effet de contraste que par un besoin d'« unité de tout ». Visionnaire et voyant, il appartient à la famille des poètes qu'il traduit, et entretient des rapports privilégiés avec la poésie française : Rimbaud, Lautréamont, Eluard... Dans son œuvre, le miracle est aussi réel que la lumière est transparente. Chantre de l'amour et de la mer, païen et chrétien à la fois, Elytis n'a cessé d'honorer « la sainteté des sens » et d'affirmer sa vision « biologique » des choses, son optimisme et sa foi profonde en l'avenir de l'homme.
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