2. Une épopée initiatique
À la différence de L'Iliade, épopée guerrière, L'Odyssée est une épopée à la fois familière et domestique. La vie quotidienne y est évoquée dans de nombreuses scènes : la plus fameuse est celle où Nausicaa, fille du roi Alkinoos, se rend au fleuve pour laver du linge : « On lava, on rinça tout ce linge sali ; on l'étendit en ligne aux endroits de la grève où le flot quelquefois venait battre le bord et lavait le gravier » (chant VI). De même, Ulysse est un héros plus humain que les valeureux guerriers de L'Iliade : proche de la nature, il est guidé par l'amour de la patrie et du foyer. Assez fort pour résister à la séductrice Calypso ou pour combattre le Cyclope Polyphème, Ulysse pleure au récit de la guerre de Troie fait par l'aède Démodocos, dans le palais d'Alkinoos ; « humain, trop humain », il lui arrive aussi de mentir, de tricher : « Devant les Phéaciens, il eût rougi des pleurs qui gonflaient ses paupières ; mais, à chaque repos de l'aède divin, il essuyait ses pleurs » (chant VIII).
L'Odyssée est également un voyage initiatique, qui suit le schéma classique des rituels : transgression d'un interdit, voyage aux rives de la mort, renaissance. Transgression, car si Ulysse ne peut rentrer à Ithaque, c'est qu'il n'a pas fait de sacrifice aux dieux en quittant Troie. Voyage aux rives de la mort, où le devin Tirésias lui prédit le retour à Ithaque : « Ne songe qu'au retour et je crois qu'en Ithaque, à travers tous les maux, vous rentrerez encor » (chant XI). Renaissance enfin, après une gestation de sept ans dans la caverne de Calypso. Épreuve purificatrice qui précède l'initiation en elle-même, au royaume des Phéaciens, où les dieux parfois partagent le repas des hommes, étape nécessaire avant de se réveiller à Ithaque, après une ultime navigation.
La postérité du poème homérique est particulièrement riche. Tennyson lui consacre deux poèmes, Les Mangeurs de lotus (1832) où Ulysse et ses compagnons s'abandonnent à l'oubli, et Ulysse (1842) où le héros, déçu, laisse Ithaq […]
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