2. Apprivoiser la mort
Avec l'Ode sur une urne grecque, les deux pôles en présence sont l'art et la vie. Les amants représentés sur le flanc de l'urne sont à l'abri du changement et du déclin mais, soustraits à l'union ardemment convoitée, ils souffrent d'un fort déficit de chaleur et d'humanité. L'urne de marbre froid, en définitive, n'a que peu de consolation à apporter aux générations successives, en dehors de l'énigmatique oracle qu'elle laisse échapper, et qui aura fait couler beaucoup d'encre : « La beauté c'est la Vérité ; la Vérité Beauté. » Présent dans le rôle de l'interprète dépité, le « je » du poète va désormais s'effacer. La proximité de la mort donne à l'Ode à l'automne l'apparence d'un testament poétique. Saison avant-dernière du calendrier, l'automne keatsien se trouve porté au comble de sa maturité. Seuls quelques signes, à peine perceptibles, indiquent l'imminence du déclin ; ses accents voluptueux semblent se prolonger en s'éternisant. Jamais Keats n'avait aussi admirablement maîtrisé l'art de la durée retenue. Acceptant sereinement le cycle des saisons, le poète se réconcilie avec la mort en filigrane, comprise comme partie intégrante de la vie. Le classicisme de la composition, magistralement picturale, en fait l'expression la plus consommée de son art épris de la beauté du monde.
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