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L'application militaire de l'énergie atomique a été envisagée dès la découverte de la fission, comme le montre la demande de brevet déposée le 4 mai 1939 par le physicien français Frédéric Joliot-Curie et son équipe sur l'explosif nucléaire (« Perfectionnements aux charges explosives », décrivant le principe de la bombe atomique). Elle est devenue ensuite un enjeu stratégique au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis, avec leur projet Manhattan, ont abouti les premiers à l'arme atomique testée le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique et utilisée à deux reprises, sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. La guerre froide a vu l'intensification des recherches sur l'armement nucléaireChampignon atomique devenu la clé de l'équilibre des forces entre les blocs de l'Est et de l'Ouest jusqu'à l'effondrement du Mur de Berlin en 1989. Bien que, en ce qui concerne les armes à fission, les principes de fonctionnement soient connus du public, beaucoup de solutions théoriques et techniques sont encore protégées par un secret rigoureux justifié dès l'origine par le souci de retarder – faute de pouvoir l'empêcher – la dissémination de l'armement atomique parmi un nombre croissant de nationsNucléaire civil et militaire dans le monde.

Champignon atomique Photographie

Champignon atomique Champignon d'explosion atomique dû à un essai de bombe à hydrogène au début des années 1960.

Crédits: Rob Atkins/ Getty  Consulter

Nucléaire civil et militaire dans le monde Dessin

Nucléaire civil et militaire dans le monde En avril 2005, on comptait 441 centrales nucléaires opérationnelles à travers le monde, représentant une puissance installée de 365 GW (c'est-à-dire une production potentielle de près de 3,2 millions de gigawattheures sur une année), soit 7,5 fois les 426 800 gigawattheures produits en France en 200……

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

On peut distinguer dans un système d'arme nucléaire deux parties principales : d'une part, la partie explosive proprement dite, appelée charge (l'ensemble constitué par la partie explosive et ce qui assure son fonctionnement dans les conditions souhaitées est appelé parfois tête) ; d'autre part, la partie assurant le transport du point de stockage au point d'explosion, appelée vecteur.

Les aspects spécifiques des armes nucléaires se localisent, pour l'essentiel, au niveau de la charge. Les énergies mises en jeu sont considérables par leur concentration extraordinaire dans l'espace et dans le temps : une masse fissile du volume d'un morceau de sucre est capable de dégager en moins d'un millionième de seconde une énergie équivalente à celle que contiendrait un train de marchandises rempli d'explosif chimique.

Les armes nucléaires se caractérisent par un certain nombre de manifestations (rayonnements de diverse nature, mise en mouvement des débris) entraînant sur les milieux environnants des effets qui dépendent des conditions d'ambiance de l'explosion, par exemple : effets thermiques, effets d'irradiation neutronique, de choc, perturbations électromagnétiques.

Enfin, l'utilisation des armes nucléaires nécessite le déploiement de « systèmes d'armes » qui, au fil des années, se perfectionnent, voire sont abandonnés, à mesure que se développent les parades aux systèmes existants.

Les armes nucléaires, par leurs effets destructeurs terrifiants, ont eu des conséquences sur la conscience collective de l'humanité. Du point de vue scientifique et technique, elles concrétisent l'accession à un certain niveau de connaissances.

Les armes à uranium appauvri, qui ont été utilisées, par exemple, lors de la guerre du Golfe (1990-1991), ne sont pas des armes nucléaires proprement dites puisqu'elles ne mettent pas en jeu le principe de fission ou de fusion des noyaux. En effet, les munitions (balles, obus, bombes pénétrantes) de ce type utilisent la propriété physique de l'uranium d'être un des métaux les plus lourds présents dans la nature, pour perforer des blindages épais. Plus efficace et moins cher que le tungstène, l'uranium appauvri est cependant un métal toxique, dont les effets secondaires sur le champ de bataille sont encore mal connus.

1.   Matériaux de base et réactions

  Matériaux fissiles

La partie active d'une charge nucléaire est constituée de matériaux nucléaires qui, mis en condition de façon appropriée, deviennent le siège de réactions extrêmement violentes, avec fort dégagement d'énergie. Dans les armes à fission, cette mise en condition consiste à rapprocher brutalement, à l'aide d'un explosif chimique, les matières fissiles, de sorte qu'une réaction en chaîne puisse s'y développer. Dans les armes faisant appel à la fusion – appelées thermonucléaires –, il faut une densité d'énergie très élevée pour que le matériau fusible dépasse le seuil d'allumage ; c'est pourquoi il est nécessaire de recourir à un premier étage à fission, l'amorce, pour assurer cette mise en condition.

Parmi les matériaux fissiles, les plus intéressants sont l'isotope 235 de l'uranium, qui se trouve en faible proportion (0,7 p. 100) dans l'uranium naturel, et l'isotope 239 du plutonium, qui, n'existant pas dans la nature, est produit par un réacteur nucléaire en quantité variable suivant le type de réacteur. On peut aussi fabriquer de l'uranium 233 et, sous certaines conditions, fissionner l'isotope 238 de l'uranium, qui a l'avantage d'être abondant (99,3 p. 100 de l'uranium naturel).

La réaction utilisée est la fission, dans laquelle le noyau de l'atome se casse sous l'effet d'un neutron, en donnant généralement deux noyaux plus petits, appelés produits de fission, et deux ou trois neutrons. Les noyaux obtenus sont différents d'une fission à une autre. Plus de 200 isotopes ont été identifiés ; leur nombre de masse s'étage entre 65 et 165, c'est-à-dire du zinc aux lanthanides.

Chaque réaction libère une énergie de 180 MeV, c'est-à-dire environ 3.10—11 joules ; c'est très faible, mais on a rapidement un nombre considérable de réactions puisque chacun des neutrons produits est capable à son tour de provoquer une fission.

Alors que, dans la plupart des réacteurs nucléaires habituels, ce sont les captures qui provoquent le plus de pertes de neutrons, ici, la cause principale des pertes est la fuite des neutrons vers l'extérieur du système. Il y a plusieurs raisons à cela : d'abord, le système est très concentré, il ne comporte pas de ralentisseur, son volume est donc réduit ; ensuite, les neutrons, étant très rapides, ils ne restent pas longtemps dans le système (ils ont une durée de vie de quelques nanosecondes) ; enfin, les captures ont relativement moins de chances de se produire sur la plupart des matériaux avec des neutrons rapides qu'avec des neutrons ralentis.

Afin d'assurer le développement de la combustion, on cherche à obtenir plus d'un neutron utile par réaction de fission. Pour cela, on rassemble une certaine masse de matériau appelée masse critique, pour laquelle le nombre des neutrons produits dans le volume compense celui qui est perdu par absorption et fuites à la surface. Cette masse critique est d'environ 50 kg pour une sphère nue d'uranium enrichi et de 16 kg pour une sphère nue de plutonium. Elle passe respectivement à 16 et à 6 kg pour les mêmes matériaux entourés d'un très bon réflecteur de neutrons.

L'énergie potentielle du matériau fissile est généralement exprimée en kilotonnes (kt) d'équivalent T.N.T. (signifiant le trinitrotoluène, explosif chimique servant de référence pour mesurer l'énergie d'une arme nucléaire ; 1 kt = 4,18.1012 joules). Un kilogramme de matière fissile entièrement fissionnée fournit 17 kt. Un litre de cette même matière fournit environ de 250 à 300 kt.

  Matériaux fusibles

Les matériaux fusibles les plus intéressants sont les isotopes de masse 2 et 3 de l'hydrogène : le deutérium et le tritium, puis l'isotope de masse 6 du lithium. Le tritium n'existe qu'à l'état de traces dans la nature et doit être fabriqué, alors que les deux autres corps existent, très dilués, à l'état naturel : il faut les concentrer pour les mettre en œuvre.

Pour obtenir la fusion, il faut obliger deux noyaux positifs à se rencontrer alors que les forces de répulsion coulombiennes tendent à les éloigner. Pour cela, on n'a pas trouvé d'autre moyen que le chauffage ; l'agitation thermique corrélative favorise les collisions et par conséquent permet d'obtenir la fusion. Naturellement, il faut dans le même temps s'opposer à la dispersion de ces noyaux.

Il n'existe pas, comme pour la fission, de notion de masse critique du matériau fusible, et le matériau ne peut entrer en combustion par un simple rapprochement accidentel. Les températures à atteindre et les énergies à fournir au milieu ne peuvent venir jusqu'à présent que d'une amorce à fission. Les problèmes de sûreté du dispositif se trouvent donc reportés au niveau de cette amorce.

Pour terminer, précisons l'énergie potentielle du matériau fusible : un kilogramme de matière fusible peut théoriquement fournir quelque 50 kt ; un litre de matière fusible peut fournir de 10 à 50 kt. Il s'agit, comme pour la fission, de l'hypothèse où toute la matière serait brûlée.

2.   Principes de fonctionnement

  Fonctionnement

Dans une arme à fission, le combustible nucléaire se trouve, au repos, dans une configuration telle qu'il ne puisse réagir accidentellement. Ce combustible est accompagné d'un ensemble de dispositifs visant d'abord à assurer la sûreté de l'ensemble et à éliminer tous les risques au cours de manipulations, ensuite à commander le rapprochement des composants actifs, enfin à effectuer le rapprochement ou la mise en température de ces composants de telle façon qu'ils puissent réagir.

La fonction sûreté est assurée grâce à une architecture et des barrières de sécurité conçues pour éviter tout dégagement d'énergie nucléaire en cas d'accident. Dans cette configuration, on dit que l'explosif est désarmé. On lèvera ces barrières de sécurité lorsque l'arme sera sur le point d'être utilisée et après un certain nombre de tests, électriques par exemple, permettant de vérifier que l'arme est en état de fonctionnement normal.

La deuxième fonction est assurée par un dispositif électrique qui déclenche les opérations de rapprochement.

La dernière fonction doit être effectuée très rapidement. En effet, si on prolonge la durée de la concentration, un neutron indésirable peut apparaître dans l'arme, soit issu de la matière fissile (c'est fréquent dans le cas du plutonium), soit venant de l'extérieur (cas d'une arme défensive adverse). Ce neutron peut amorcer une réaction avant que la configuration optimale ne soit atteinte. Pour assurer cette rapidité, on fait appel à l'explosif chimique, qui, de plus, convenablement disposé, peut comprimer le matériau fissile. L'augmentation de densité ainsi obtenue permet de réduire la masse critique. En effet, on montre facilement que le produit de la masse critique Mc par le carré de la masse volumique ρ est constant : Mcρ2 = Cte

Cette possibilité de compression est un moyen d'accroître considérablement la réactivité du système.

Lorsque toutes ces conditions sont réalisées, on a, dans le cas d'un système à fission, un ensemble très réactif où une réaction en chaîne peut se développer de façon exponentielle. Alors que, dans les réacteurs nucléaires, c'est la valeur du coefficient de multiplication, très proche de l'unité, qui caractérise la réactivité, celle-ci est définie, pour l'explosif, par l'exposant α de l'exponentielle qui commande le développement de la chaîne. En un temps très court, le nombre de neutrons passe de n0 (ceux qui ont été injectés) à N = n0 eαt. Par exemple, en moins d'une microseconde, le produit αt atteint 50. Autrement dit, un neutron père aura alors donné e50 neutrons, c'est-à-dire presque 1022 neutrons, et donc provoqué un nombre égal de fissions, dont chacune libère 200 MeV, soit une énergie de 3 × 1011 joules, équivalant à l'explosion de 72 000 kg de T.N.T. Ce dégagement d'énergie rapide dans un volume réduit va chauffer le milieu : la température y dépasse largement un million de degrés. La matière s'ionise alors et rayonne une partie de son énergie ; mais les pressions sont également très fortes et l'ensemble tend à se dilater. Aussi assiste-t-on à deux effets contradictoires : un violent dégagement d'énergie, dont une partie fuit vers l'extérieur par rayonnement, et une dilatation qui tend à disloquer le système et à le rendre moins réactif. La phase de dégagement d'énergie est brève, sa durée est inférieure à un millionième de seconde. Les températures atteintes sont de quelques keV (1 keV équivaut à 11,6 millions de degrés) et les pressions de l'ordre de plusieurs millions de mégapascals. C'est à partir de ce point-source que l'engin va rayonner. Ce rayonnement comporte des composantes électromagnétiques X et γ qui correspondent à la plus grande part de l'énergie, et d'autres rayonnements particulaires, neutrons, électrons, noyaux d'hélium. En outre, si l'explosion n'a pas lieu dans le vide, une onde de choc prend naissance dans le milieu entourant l'arme.

Dans un premier temps, les scientifiques ont cherché à augmenter le rendement de combustion de la matière nucléaire en perfectionnant l'explosif chimique. Puis, dans un deuxième temps, ils se sont efforcés de réduire la sensibilité de ce dernier aux neutrons issus d'une explosion adverse. En entourant l'explosif d'une gaine épaisse et lourde, on pourra améliorer la réactivité initiale grâce aux neutrons qu'elle renverra dans le cœur actif, retarder la dislocation par l'inertie qu'elle opposera à la dilatation du système et réduire éventuellement les effets d'une agression neutronique si la gaine comporte en outre une peau absorbante. Mais il va de soi qu'on devra alors augmenter le volume et le poids, ce qui peut entraîner une moindre portée du vecteur.

On peut aussi améliorer le rendement d'un matériau fissile en l'arrosant avec une grande quantité de neutrons ultrarapides produits au bon moment par un matériau thermonucléaire convenable, par exemple un mélange fusible de deutérium et de tritium. On a ainsi un gain d'énergie à volume constant ou un gain en encombrement pour une énergie donnée.

Les armes thermonucléaires utilisent le principe de la fusion nucléaire de matériaux fusibles. Les plus connus sont le deutérium et le tritium, deux isotopes de l'hydrogène dont la réaction de fusion produit de l'hélium 4 et des neutrons très énergétiques qui à leur tour pourront amorcer des réactions de fission s'ils rencontrent un milieu fissile.

Les armes modernes fonctionnement donc dans un mode à trois temps : fission pour créer les conditions de température et de pression au voisinage des matériaux fusibles, fusion de ces matériaux et fission des matières fissiles présentes. Dans leur ensemble, les conceptions et le fonctionnement détaillé des armes thermonucléaires restent protégés par le secret au sein des cinq nations qui maîtrisent ces techniques et ont fabriqué et expérimenté ce type d'arme.

  Bases des conceptions d'armes

Le fonctionnement d'une arme nucléaire est un processus complexe qui fait intervenir un grand nombre de phénomènes physiques fortement couplés entre eux : écoulements rapides lors de la compression de la matière nucléaire par l'action de l'explosif, neutronique des réactions de fission en chaîne, transport du rayonnement dans les matériaux portés à l'état de plasma, physique nucléaire avec les réactions de fusion thermonucléaires.

Dès les années 1950, la conception des armes a fait appel à la simulation mathématique la plus élaborée, au point de constituer depuis lors un des grands moteurs de développement du calcul scientifique. Cette simulation numérique est un modèle mathématique qui décrit les différents phénomènes physiques élémentaires intervenant dans le déroulement de l'explosion nucléaire. À l'aide d'ordinateurs de très grande puissance, il est possible de suivre pas à pas la thermodynamique du système, c'est-à-dire l'évolution des pressions, des densités, des températures et, finalement, d'aboutir aux bilans des réactions et des effets. On peut ainsi décrire ce qui sort à tout instant de l'engin, notamment toutes les sortes de rayonnement que l'on peut observer et mesurer lors d'une explosion nucléaire.

Cependant la complexité de la physique à modéliser et la limitation des capacités des ordinateurs – particulièrement dans les débuts du développement des armes nucléaires – obligeaient à des approximations relativement grossières. La simulation ne pouvait donc se passer d'un recalage par des essais nucléaires. Par ailleurs, le contexte de la guerre froide conduisait à une course à la sophistication des armes nucléaires (cf. Armes et systèmes d'armes). L'exigence de précision de la simulation nécessaire pour décrire ce type de fonctionnement s'en trouvait exacerbée. Seul un recalage fin sur les mesures très sophistiquées développées autour des essais nucléaires permettait d'atteindre la précision nécessaire.

La conception des armes, durant toute cette période de la guerre froide, reposait de ce fait sur une imbrication étroite entre simulation numérique et essais nucléaires. Depuis 1945 et jusqu'au traité d'interdiction complète des essais nucléaires en 1996, plus de 2 000 essais nucléaires ont été effectués dans le monde, dont environ la moitié par les États-Unis et de l'ordre d'un tiers par l'U.R.S.S. Jusqu'à la fin des années 1950, les expériences ont eu lieu essentiellement dans l'atmosphère. Puis elles ont été de plus en plus souvent réalisées en sites souterrains. L'essai chinois d'octobre 1980 constitue la dernière expérience atmosphérique enregistrée. La France a pour sa part réalisé 210 essais, de février 1960 à janvier 1996Essais nucléaires atmosphériquesEssais nucléaires souterrains après 1975.

Essais nucléaires atmosphériques Photographie

Essais nucléaires atmosphériques Le premier essai nucléaire français fut réalisé en 1960 à Reggane, dans le Sahara algérien. Il s'agissait d'un essai aérien effectué au sommet d'une tour. Quatre engins, baptisés Gerboise bleue, Gerboise blanche, Gerboise rouge et Gerboise verte, furent testés à cet endroit. Les autres essais aérien……

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Essais nucléaires souterrains après 1975 Photographie

Essais nucléaires souterrains après 1975 Après une série d'essais souterrains dans le massif algérien de Tan Affella, la France a réalisé des essais nucléaires souterrains dans les lagons polynésiens. Ces essais, qui ont eu lieu entre 1975 et 1996, ont été réalisés sous le lagon ou dans la couronne corallienne. Parmi les 137 essais pratiqués, 127 ont eu lieu à Mururoa et 10 à Fangataufa.…

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La situation a radicalement évolué avec la fin de la guerre froide. La fin de la confrontation Est-Ouest a déplacé les préoccupations des principales puissances nucléaires de la course aux armements toujours plus sophistiqués vers les risques liés à la prolifération. Le traité d'interdiction complète des essais (T.I.C.E., ou C.T.B.T. pour Comprehensive Test Ban Treaty) de septembre 1996 répond ainsi à cette nouvelle priorité. Cependant, dans un monde multipolaire où surgissent de nouvelles menaces, aucune des grandes puissances nucléaires n'a renoncé à l'instrument ultime de dissuasion que constitue son armement nucléaire.

Ces puissances se sont ainsi trouvées confrontées à la difficulté nouvelle de devoir maintenir un armement nucléaire opérationnel sans pouvoir le tester en vraie grandeur. Or les armes nucléaires, qui sont des objets technologiquement très sophistiqués, vieillissent, en particulier du fait de l'évolution naturelle des matériaux nucléaires qui les composent. Pour les armes « pointues », conçues durant la guerre froide, il est ainsi très difficile de garantir, par la seule simulation numérique, que les effets de ce vieillissement ne dégraderont pas le fonctionnement de l'arme. De même, il est impossible d'affirmer qu'une arme, refabriquée à des années de distance avec des technologies qui auront inéluctablement évolué, fonctionnera comme le modèle testé vingt ou trente ans auparavant.

Face à cette difficulté, au milieu des années 1990, les États-Unis et la France ont choisi deux options sensiblement différentes.

Avec un armement quantitativement très important, les Américains ont fait le choix initial de maintenir leurs armes existantes sur des durées très longues et de développer la simulation pour la rendre totalement prédictive, y compris pour les armes pointues. Ils ont ainsi lancé le programme Science Based Stockpile Stewardship, avec pour ambition d'éliminer toutes les approximations de la simulation. Pour ce faire, ils ont également promu le développement accéléré des ordinateurs de très grande puissance et des logiciels associés, indispensables à cette ambition (programme A.S.C.I., Accelerated Strategic Computing Initiative). Ils ont également lancé la réalisation de grands moyens expérimentaux de validation de la simulation, en particulier les générateurs de radiographie éclair D.A.R.H.T. (Dual Axis Radiographic Hydrodynamics Test Facility) et le laser de puissance N.I.F. (National Ignition Facility). Enfin, n'ayant pas la certitude complète d'atteindre les objectifs ambitieux visés, ils ont ménagé la possibilité de recourir, si nécessaire, à un essai nucléaire de vérification en ne ratifiant pas le T.I.C.E. et en maintenant opérationnel leur champ de tir nucléaire du Nevada. On note, depuis 2005, une inflexion de la stratégie des États-Unis, avec le programme R.R.W. (Reliable Replacement Warhead). Cette nouvelle catégorie de charges, plus robuste que celles actuellement en service, est présenté comme réduisant la probabilité pour les États-Unis de devoir recourir à un essai nucléaire car elle est plus facile à garantir par la simulation.

La France, quant à elle, a choisi de remplacer à terme les charges nucléaires très optimisées équipant la composante océanique embarquée à bord des sous-marins nucléaires lanceurs d'engin (S.N.L.E.) et la composante aéroportée emportée sur les Mirage 2000N. Ces charges, difficiles à garantir face aux effets du vieillissement, seront remplacées par une nouvelle charge dite « robuste ». Cette nouvelle conception privilégie la stabilité du fonctionnement, par rapport à la miniaturisation qui prévalait au temps de la guerre froide. L'ultime campagne d'essais nucléaires, réalisés entre septembre 1995 et janvier 1996, a permis de valider cette nouvelle charge robuste.

Pour pouvoir garantir le fonctionnement et la sûreté des armes conçues à partir de ce concept de charge robuste, la France a lancé le programme SimulationOrdinateur T.E.R.A.. Contrairement au programme américain Science Based Stockpile Stewardship, l'ambition n'est pas d'aboutir à une simulation totalement prédictive du fonctionnement de tout type de charge nucléaire, y compris très pointue, mais de maîtriser par la simulation l'impact des évolutions inévitables entre la charge robuste testée et la charge militarisée.

Ordinateur T.E.R.A. Photographie

Ordinateur T.E.R.A. Le programme Simulation doit permettre à la France de poursuivre des recherches sur l'armement nucléaire sans procéder à des essais réels. Depuis sa dernière campagne en 1996 et la ratification par la France du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires, le puissant ordinateur T.E.R.A. per……

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La confiance mise dans cette stratégie a permis à la France de démanteler totalement son site d'expérimentation du Pacifique (cf. encadré : Le démantèlement des sites d'expérimentations français) et de ratifier le T.I.C.E.

Le programme Simulation français est construit autour de trois grands volets :

– La physique des armes vise à remplacer les modèles relativement empiriques utilisés jusque-là dans la simulation par des modèles à meilleure assise physique.

– La simulation numérique développe les grands logiciels permettant la prise en compte de ces modèles. Leur utilisation nécessite l'emploi d'ordinateurs de plus en plus puissants, tant en ce qui concerne la taille mémoire que la rapidité de calcul. Ainsi à l'horizon de 2010, la puissance de calcul disponible sera 10 000 fois supérieure à celle qui existait en 1996.

– La validation expérimentale de ces logiciels, outre le corpus des essais nucléaires passés, s'appuie sur la mise en place de moyens nouveaux permettant de simuler certaines étapes importantes du fonctionnement de l'arme. Deux moyens jouent ainsi un rôle majeur.Tout d'abord, la machine radiographique Airix, installée à Moronvilliers en Champagne, permet de valider les modèles relatifs au début du fonctionnement de l'arme, dans sa phase non nucléaire. Sur cette installation, opérationnelle depuis 2000, sont réalisées des expériences dans lesquelles les matériaux nucléaires sont remplacés par des matériaux inertes. Les radiographies obtenues décrivent avec une très grande finesse spatiale et temporelle les mouvements de la matière précédant le fonctionnement nucléaire. Le second moyen est le laser Mégajoule, en construction près de Bordeaux, qui permettra de simuler le fonctionnement nucléaire de l'arme. Dimensionné pour que l'énergie apportée par les faisceaux laser conduise à la fusion de quelques milligrammes d'un mélange de deux isotopes de l'hydrogène (deutérium et tritium), il permettra d'atteindre en laboratoire des conditions thermodynamiques (densité, température, pression) similaires à celles rencontrées lors d'un essai thermonucléaire.

Si la stratégie de renouvellement des armes diffère, ainsi que le calendrier de mise en place des installations, on observe peu ou prou le développement de moyens de simulation analogues chez les cinq puissances nucléaires majeures (Les États-Unis, La Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine) pour pérenniser leur capacité de dissuasion sous la contrainte de l'arrêt complet des essais : augmentation très forte de la puissance de calcul, machines radiographiques performantes, lasers de très forte énergie.

3.   Manifestations et effets des armes

  Manifestations

Il est possible de caractériser une arme nucléaire par les rayonnements de nature électromagnétique ou corpusculaire émis lorsqu'elle explose, ainsi que par les phénomènes consécutifs à l'explosion, qui dépendent des divers milieux séparant l'arme de la cible.

Les principaux rayonnements sont les suivants : rayonnement X mou, directement lié à la température interne atteinte par les matériaux, représentant environ les trois quarts de l'énergie totale ; rayonnement γ (environ 5 p. 100 de l'énergie) ; neutrons (environ 1 p. 100 de l'énergie dans les armes classiques) ; électrons ou rayonnement β ; particules α (la proportion varie suivant les constituants) ; débris divers (produits de fission, matières fissiles n'ayant pas réagi, déchets activés). Les parcours de ces rayonnements varient beaucoup selon leur nature, leur charge, leur masse, leur énergie, et selon les milieux traversés.

  Effets

Les effets des armes dépendent en particulier de leur énergie et de l'ambiance de tir. Il est possible de renforcer ou d'atténuer certains effets, ou encore de les rendre directifs, selon la destination militaire de l'arme. Cependant, on retrouve inévitablement un ensemble d'effets, liés à la nature même de l'explosif nucléaire, que nous allons rappeler.

  Effets thermiques

En raison de la température qui règne au foyer de la réaction, une forte proportion de l'énergie est émise sous forme de rayonnement électromagnétique de courte longueur d'onde ; celui-ci se dégrade progressivement à partir d'une boule de feu primitive, pour constituer une source puissante s'étendant de l'ultraviolet à l'infrarouge. Ce rayonnement déclenche des incendies et provoque des brûlures graves sur les êtres vivants non protégés ; il s'y ajoute des lésions oculaires pour ceux qui regardent l'explosion.

  Effets mécaniques

Lorsque l'onde radiative progresse, elle met en mouvement les atomes rencontrés et il se forme, dans l'air, un front de choc caractérisé par une surpression à profil très raide, suivie d'une dépression. Le passage de cette perturbation entraîne des dégâts matériels importants, la destruction des bâtiments et des véhicules, et provoque des lésions organiques, telle la surdité. L'importance des destructions varie avec l'altitude de tir et le relief. Dans le cas d'une explosion au niveau du sol ou au-dessous, des effets sismiques s'ajoutent à ceux du souffle.

  Effets d'irradiation

On distingue généralement le rayonnement nucléaire initial et le rayonnement différé ou résiduel. Le premier est issu directement du cœur de l'explosion et il est surtout constitué de rayonnement électromagnétique γ et de neutrons. Il est très meurtrier. Le second provient surtout des produits de fission, des autres résidus de la bombe et des structures, rendus radioactifs par irradiation neutronique. Dispersées par les vents, les poussières retombent sur une surface étendue, surtout pendant les premiers jours. Il se forme une source de rayonnements α, β, γ, dont les effets peuvent rester dangereux longtemps dans le périmètre contaminé.

  Impulsion électromagnétique (I.E.M.)

Il s'agit d'une émission intense, dans la plage des ondes radioélectriques. Le rayonnement γ initial rencontre des atomes sur son parcours, en arrache des électrons qu'il met en mouvement par effet Compton. Une zone très ionisée se développe, et le déplacement rapide des électrons constitue un courant. Pour une explosion à basse altitude, il apparaît un champ électromagnétique dû à la dissymétrie de la distribution du courant d'électrons, causée notamment par la proximité du sol ; le phénomène est violent mais de portée limitée à quelques dizaines de kilomètres. Dans le cas d'une explosion à plus de 40 km du sol, c'est le champ magnétique terrestre qui, agissant sur les électrons, est à l'origine de l'impulsion électromagnétique. Celle-ci a un maximum d'amplitude très élevé : 50 kV/m, et une portée qui dépasse 1 000 km. Des courants impulsionnels très intenses sont induits dans tous les conducteurs illuminés : réseaux de distribution électriques, lignes de télécommunications, antennes, etc. Les alimentations énergétiques sont perturbées, voire détériorées, les systèmes de transmission et de détection sont paralysés, certains circuits sont endommagés. Ces effets très graves s'ajoutent au brouillage temporaire des radiocommunications dû à l'ionisation.

  Effets climatiques

Des études, menées depuis 1982, font redouter un effet climatique en cas de guerre nucléaire : les milliers d'incendies déclenchés par les explosions provoqueraient la formation d'un manteau de suie qui stagnerait dans la stratosphère. Le rayonnement solaire serait absorbé par ces nuages, les survivants plongés dans la nuit et le froid. Les scientifiques parlent d'« hiver nucléaire », affirmant que l'impact global serait analogue aux ruptures climatiques provoquées par les éruptions volcaniques qui refroidissent la planète en relâchant dans l'atmosphère des tonnes de matières particulaires (cf. encadré Hiver nucléaire).

4.   Armes et systèmes d'armes

On distingue deux catégories principales d'armes ; d'une part, les armes stratégiques, à longue portée, visant des objectifs démographiques ou économiques et, d'autre part, les armes tactiques, destinées à un usage militaire à proximité des zones de combat. Les premières armes nucléaires fabriquées avaient un but stratégique, ce sont celles qui ont été utilisées en 1945 pour bombarder Hiroshima et Nagasaki.

La première comportait un dispositif à rapprochement et utilisait de l'uranium enrichi : elle a fourni une énergie de 13 kt ; la seconde fonctionnait par implosion, utilisait du plutonium et a fourni 21 kt. Par la suite furent fabriquées des armes à fission plus puissantes, jusqu'à la limite des possibilités, qui sont de quelques centaines de kilotonnes. Il y a en effet une limite qui correspond aux difficultés croissantes que l'on rencontre à rassembler de fortes masses de matière fissile tout en gardant des conditions de concentration convenables et une bonne sécurité dans les diverses circonstances de la vie de l'arme.

Les armes thermonucléaires qui furent mises au point ultérieurement, à partir de 1951, permirent de s'affranchir de cette limitation puisqu'elles ne présentent plus de contraintes d'encombrement et de masse de la charge et, par conséquent, de ses conditions de transport. On assista alors à une compétition pour l'obtention de très fortes énergies, dont le point extrême fut une explosion soviétique d'une soixantaine de mégatonnes.

Par la suite, les spécialistes parvinrent à la conclusion que ces énergies très élevées n'avaient qu'un intérêt limité du point de vue opérationnel, si bien qu'actuellement l'arsenal thermonucléaire des deux grandes puissances est constitué en majorité d'armes dont l'énergie unitaire se situe plutôt vers 1 Mt pour les charges uniques et 100 kt pour les charges multiples.

  Charges et vecteurs stratégiques

À partir des années 1960, les améliorations les plus importantes des charges ont porté sur leur miniaturisation et leur allégement, leur sécurité d'emploi et leur fiabilité, ainsi que sur leur capacité à échapper aux radars des défenses, ce que les spécialistes appellent la furtivité.

Parallèlement se dessinait une évolution des vecteurs et de leur doctrine d'emploi, en même temps qu'apparaissaient de nouvelles plates-formes de lancement.

Les premiers vecteurs stratégiques furent des bombardiers à long rayon d'action. Pour réduire leur vulnérabilité au sol, il fut décidé, du côté américain par le Strategic Air Command, d'en maintenir quelques-uns en vol de façon permanente. Il apparut rapidement qu'un armement basé sur la seule composante aéroportée présentait un risque d'annihilation trop important. Ainsi furent créés de nouveaux systèmes utilisant des missiles, dont la technologie avait beaucoup progressé à la faveur des recherches spatiales. On construisit alors des bases de lancement constituées de silos enterrés dans des sites désertiques. Le plus grand progrès dans l'invulnérabilité allait apparaître avec les sous-marins nucléaires, capables de rester en plongée pendant des semaines, voire des mois ; ils sont à ce jour quasi indétectables, en dehors de la phase de départ et de retour de leur patrouille.

La précision des missiles s'étant beaucoup améliorée, ils peuvent aujourd'hui porter un coup au but à des silos, ce qui a conduit à imaginer des sites de lancement mobiles, sur route, voie ferrée ou à partir de tunnels à embrasures multiples. Au cours des années 1980 sont apparus les missiles de croisière. Ces lointains descendants des fusées V1 peuvent voler à grande vitesse et à très basse altitude. Totalement autonomes grâce à un guidage sophistiqué (inertiel, topographique ou satellite), ils sont capables d'emporter une charge nucléaire. Les missiles de croisière peuvent être lancés à partir d'une infrastructure fixe au sol, d'un navire de guerre, d'un sous-marin ou d'un bombardier. Leur portée peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres.

Les grandes forces stratégiques actuelles comportent souvent trois composantes de nature différente : des missiles mer-sol embarqués sur des sous-marins, des charges aéroportées sur avions et des missiles sol-sol (on a parlé de « triade » à propos de ce type de déploiement). Les deux principales classes de missiles stratégiques sont les I.R.B.M. (Intermediate Range Ballistic Missiles), de portée inférieure à 7 000 km, et les I.C.B.M. (Inter Continental Ballistic Missiles), capables d'atteindre tous les points de la planète.

Cela étant, une force assaillante doit pouvoir traverser les défenses adverses sans être détruite, avant de frapper ses objectifs. De nombreuses « aides à la pénétration » ont été imaginées : utilisation de leurres, aveuglement des moyens de détection, techniques antiradar rendant les têtes – aujourd'hui très miniaturisées – presque invisibles. Un autre moyen consiste à saturer les défenses en lançant des têtes multiples avec un vecteur unique. Il existe dans les arsenaux actuels des grandes puissances divers systèmes, comportant de trois à douze têtes, dont les plus perfectionnées peuvent frapper autant d'objectifs par des trajectoires finales indépendantes (M.I.R.V. : Multiple Independantly Targeted Re-Entry Vehicles ; A.M.A.R.V. : Advanced Maneuvering Re-Entry Vehicles, tête manœuvrante à trajectoire complexe, etc.).

Les missiles antimissiles dotés de têtes nucléaires sont destinés à intercepter et à neutraliser en explosant à haute altitude les têtes nucléaires assaillantes dans leur phase de rentrée. Au temps de la guerre froide, leur mise au point remettait en cause un certain équilibre entre les deux grandes puissances en introduisant – s'ils avaient été déployés en grand nombre – une probabilité importante de destruction de la première force assaillante. Aussi ont-ils fait l'objet, en 1972, d'un traité soviéto-américain limitant leur déploiement (cent missiles, douze radars, un ou deux sites défendus de part et d'autre). Cette situation se trouve remise en cause par la mise en place de la Défense antimissile américaine et l'abandon unilatéral du traité A.B.M. (Anti-Balistic Missiles) par les États-Unis en 2001, même si les missiles antimissiles de nouvelle génération ne sont pas nucléaires mais dotés de charges conventionnelles qui détruisent les têtes par impact direct.

  Armes tactiques

Les armes nucléaires tactiques (A.N.T.) se perfectionnent également : charges d'environ 10 kt utilisées sur le front, charges plus puissantes lancées sur les arrières, mines souterraines ou grenades sous-marines. Les moyens de lancement sont, selon les cas, le canon, l'avion ou le missile. Ce type de charge apparaît maintenant comme une partie intégrante de l'ensemble dissuasif de certaines nations « nucléaires », d'autant plus que ces systèmes ont bénéficié des progrès techniques de miniaturisation, sécurité et rusticité acquis pour les armes stratégiques.

Mise au point dans les années 1960, l'arme à rayonnement renforcé est appelée communément bombe à neutrons. Cette arme présente des caractéristiques telles que les effets de chaleur et de choc sont réduits, relativement aux effets des rayonnements nucléaires issus de l'explosion. Pour fixer les idées, on peut prendre l'exemple d'une arme américaine à rayonnement renforcé qui, avec une énergie de 1 kt, rayonne autant de neutrons qu'une charge ordinaire de 10 kt. Cette tête aura des effets mécaniques et calorifiques très réduits par rapport à la charge ordinaire de 10 kt, puisque les rayons de destruction mécanique varient approximativement comme la racine cubique de l'énergie. Si l'on raisonne à énergie égale (env. 1 kt), le rayonnement instantané (neutrons, rayonnements électromagnétiques de fréquence extrêmement élevée) est de cinq à sept fois plus important dans une bombe à neutrons que dans une arme tactique à fission pure, ce qui, dans ce domaine d'énergie, étend la surface d'efficacité dans des proportions comparables (le rayon « létal » ou le rayon d'incapacité immédiate sont plus que doublés).

La bombe à neutrons a d'abord été mise en service en 1975 comme arme antimissile équipant le missile américain Sprint. Elle est en effet capable de neutraliser par rayonnement neutronique une tête assaillante, même à une altitude assez basse, sans infliger des dégâts importants au territoire ami au-dessus duquel se fait l'interception. Mais elle apparaît surtout comme une arme défensive capable de mettre hors de combat les équipages d'une formation blindée ennemie ainsi que les troupes d'accompagnement, en minimisant les effets collatéraux de destruction, par choc et incendie, de la zone bombardée. Ces caractéristiques permettraient donc de réduire les dommages infligés aux populations civiles abritées et aux cités. Les vifs débats sur l'usage de l'arme à neutrons qui abaisserait le seuil d'utilisation du nucléaire dans un conflit conventionnel a freiné le déploiement des ces systèmes. Après en avoir testé la formule, l'U.R.S.S. et la France ont respectivement en 1982 et 1986 annoncé qu'elles ne produiraient pas de telles armes.

Un autre type d'arme utilisable sur des objectifs tactiques ou stratégiques, localisés et durcis aux effets des armes nucléaires, apparaît corrélativement aux grands progrès en précision des missiles. Il s'agit de charges pénétrantes, capables de résister à l'énorme décélération lors de l'impact et d'entrer profondément dans la cible avant d'exploser. Elles peuvent détruire par exemple une piste d'envol ou un silo de lancement voire un bunker enterré. Le confinement obtenu à l'instant d'explosion renforce l'effet de choc et réduit aussi la contamination. La prise de conscience de cette vulnérabilité accrue des sites de lancement fixes a contribué aux réflexions sur leur remplacement par des plates-formes mobiles (sur route ou rail). Les Américains ont lancé en 2003 le développement d'un pénétrateur nucléaire (R.E.N.P., pour Robust Earth Nuclear Penetrator) capable de détruire des objectifs profondément enterrés.

5.   Sûreté des armes

Les armes nucléaires sont conçues et réalisées de façon à éliminer les risques accidentels, en faisant appel à toutes les ressources de la technique. Toutes les précautions sont prises vis-à-vis des agressions mécaniques, électriques et thermiques. Pour cela, on est conduit à mettre en œuvre des explosifs chimiques d'une très grande insensibilité. Par ailleurs, le choix des architectures ainsi que le recours à un ensemble de dispositifs électriques et mécaniques visent à éliminer par tous les moyens les risques liés à une manœuvre intempestive ou à un accident. Les études de sûreté prennent en compte l'éventualité de maladresses ou de malveillances et les défaillances de toute nature. L'une des parades à la malveillance consiste à introduire des systèmes qui neutralisent et dénaturent l'arme soumise à une effraction.

6.   Parades à une attaque nucléaire, moyens de protection

Il est plus difficile de contrer une attaque nucléaire et de s'en protéger que de faire front à un bombardement conventionnel. Cela tient aux grands rayons de destruction des charges mais aussi à la soudaineté de l'agression, favorisée par le faible volume des têtes ainsi que par les performances des vecteurs modernes : un transport discret et rapide accentue l'effet de surprise.

  Moyens actifs

Au premier rang des moyens actifs utilisés figurent ceux qui visent à détruire les vecteurs assaillants ou à neutraliser les charges qu'ils transportent avant l'arrivée sur l'objectif. La défense contre les bombardiers bénéficie de solutions éprouvées antérieurement, encore qu'il faille les adapter à des cibles plus fugaces. Contre les missiles balistiques, on a pensé jusque dans les années 1990 que la seule riposte efficace était l'utilisation de missiles antimissiles porteurs d'armes nucléaires du type A.B.M. Les développements liés à la missile defense des Américains portent sur des systèmes d'intercepteur non nucléaires qui neutralisent leur cible par impact direct. D'autres solutions s'orientent vers l'utilisation de lasers de puissance embarqués sur un avion gros-porteur (programme américain A.B.L., Air Born Laser) voire sur satellite. Même si les possibilités de destruction en vol se confirment dans leur principe par des essais de démonstration, il faudra encore de longs délais de mise au point pour parvenir à des systèmes parfaitement opérationnels.

  Moyens offensifs et défensifs

Parmi les moyens offensifs, les plus difficiles à intercepter sont les charges multiples qui saturent la défense et les missiles de croisière qui approchent leurs cibles au ras du sol. Face à ces menaces, la tâche des défenseurs n'est pas aisée et leurs acquis toujours remis en question. C'est dire l'importance d'une surveillance vigilante et d'une détection précoce qui justifient l'ampleur croissante des systèmes déployés à ces fins, dans l'espace.

En raison même de la puissance des armes, les moyens passifs de défense et de protection ne peuvent concerner que l'essentiel : préserver l'ultime riposte à l'agresseur et assurer autant que possible la survie de la population. Du point de vue militaire et dans la logique de la dissuasion, il faut sauvegarder la possibilité de réponse à une attaque. La première idée a été celle de la diversité des vecteurs et de leurs bases de lancement, associée à une dispersion dans l'espace, le sous-marin apparaissant comme le moins vulnérable. Puis le réseau de transmission d'ordres a été « durci » : postes enterrés, recours à des blindages spécifiques, etc. En même temps, on fait appel à des systèmes redondants ou parallèles. Les armées ont adapté leurs matériels à l'éventualité d'une attaque nucléaire et créé des unités spécialisées dans l'intervention et les secours en milieux contaminés. La protection des populations dépend avant tout de l'efficacité du système d'alerte et d'information, ce qui suppose l'existence de cellules de protection décentralisées, entraînées à l'action en milieu hostile et contaminé (au sens nucléaire, chimique et biologique), dotées de moyens de mesure et de communications capables de survivre à un bombardement. Cela est possible avec des ressources humaines et financières relativement modestes. Il est certain que plus ces moyens seront importants plus la proportion des rescapés augmentera. Par exemple, la simple mise en place en temps de paix de survêtements étanches, surbottes, lunettes, gants, masques respiratoires très légers puisque destinés à ne servir qu'une fois – donc peu coûteux – permettrait d'évacuer des zones contaminées en augmentant beaucoup les chances de survie. Il a été également proposé divers types d'abris, efficaces contre le souffle et les retombées. Ils peuvent être destinés à une famille, incorporés dans les sous-sols d'un immeuble en construction, ou encore préfabriqués, à enfouir dans un jardin. C'est dans tous les cas une structure compacte, aux parois en béton épais, doublées de terre, avec un accès étanche capable de résister aux agressions sans se bloquer. Un dispositif de ventilation autonome assure la régénération de l'air. À l'intérieur sont prévus des stocks d'eau et de nourriture, des couvertures et vêtements adaptés, etc. En somme, les moyens de survie doivent permettre d'attendre, avant de sortir, que la radioactivité ambiante ait décru : pour en juger, il faut des appareils de mesure du rayonnement, ainsi qu'un récepteur radio autonome pour recevoir d'éventuelles informations de l'extérieur. D'autres abris ont été conçus pour des collectivités plus importantes. Un bon entretien est d'ailleurs indispensable pour maintenir la disponibilité de ces installations, et il constitue une lourde charge. On pourrait imaginer aussi que certaines constructions souterraines, destinées à d'autres usages en temps normal, soient aménagées comme abris. Si rien n'a été prévu ou adapté, il reste le recours à des tranchées profondes et étroites ou le refuge dans une cave, en se plaçant à l'angle de deux murs porteurs pour limiter les risques d'écrasement et d'enfermement. Remarquons enfin qu'aucun abri ne peut assurer la survie à proximité immédiate d'un point d'explosion.

En conclusion, une partie des moyens de protection publique pourrait être commune aux risques nucléaire, biologique et chimique, en particulier pour l'alerte, l'évaluation des dangers et l'information des populations. Il s'agit de décisions politiques aux implications complexes, même si elles n'engagent qu'à des dépenses relativement modestes.

7.   Perspectives

Dans les concepts de première génération, à fission, et de deuxième génération, combinant fission et fusion, on se préoccupait essentiellement d'obtenir une énergie, adaptée à la cible, mais sans chercher particulièrement à privilégier tel ou tel effet. Les progrès techniques réalisés, aussi bien sur les vecteurs que sur les charges, et le renouveau des réflexions sur les problèmes stratégiques, avec en particulier l'idée d'une défense antimissiles, ont induit des études de formules originales. Il s'agit de renforcer certains effets, mécaniques ou d'impulsion électromagnétique par exemple. Pour d'autres, encore plus ambitieuses, il s'agit de rendre directionnels des effets normalement isotropes. De tels dispositifs seront d'autant plus difficiles à mettre au point qu'ils ne peuvent être expérimentés, en raison du traité d'interdiction complète des essais nucléaires.

Parallèlement apparaissent des systèmes de détection de plus en plus précoces et sûrs qui, de toutes les manières, compliquent la tâche de l'assaillant. Celui-ci doit donc s'attacher soit à retarder le plus longtemps possible la détection de ses charges en réduisant les signaux qu'elles émettent ou réfléchissent, soit à écourter la durée de la phase de propulsion.

Ainsi se dégagent de nouveaux axes dans le perfectionnement des charges. Depuis longtemps la course à l'énergie est abandonnée. Des objectifs de miniaturisation et d'allégement ont été atteints, appréciables pour la portée et indispensables pour réaliser des charges multiples. Dans le même temps, les risques accidentels ont été considérablement restreints. Aujourd'hui, en même temps que se poursuivent les études de discrétion, on se préoccupe de plus en plus d'ajuster les effets selon la cible visée. Les armes à effet I.E.M. ou les charges pénétrantes sont parmi les premières conceptions allant dans ce sens. On va plus loin encore avec la recherche d'effets directifs. Dans le contexte actuel d'interdiction des essais nucléaires, la maîtrise de la simulation des charges nucléaires est devenue le grand enjeu des États détenteurs d'armes nucléaires afin d'assurer la garantie et la pérennité de leur forces de dissuasion.

Paul BOUÉ
Thierry MASSARD
François OLIVE

Pour citer cet article

Paul BOUÉ, Thierry MASSARD, François OLIVE, « NUCLÉAIRE - Applications militaires  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/nucleaire-applications-militaires/

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NUCLÉAIRE - Réacteurs nucléaires
NUCLÉAIRE - Cycle du combustible
NUCLÉAIRE - Applications civiles
NUCLÉAIRE - Déchets
NUCLÉAIRE - Démantèlement des installations
NUCLÉAIRE - Sûreté des centrales nucléaires

 

Voir aussi

A.B.M. - Anti-Ballistic Missiles    ABRI ANTIATOMIQUE    Advanced Maneuvering Reentry Vehicles (A.M.A.R.V.)    ANOMALIES CLIMATIQUES    ARME ANTIMISSILE    ARMES À URANIUM APPAUVRI    ARMES THERMONUCLÉAIRES    BOMBE À NEUTRONS    BOMBE ATOMIQUE    CHARGE NUCLÉAIRE    CONTRÔLE DES ARMEMENTS    ÉNERGIE NUCLÉAIRE    ÉNERGIE THERMIQUE    ÉQUIPEMENTS MILITAIRES    ESSAIS NUCLÉAIRES    ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE histoire de 1945 à nos jours    EXPLOSION NUCLÉAIRE    FISSION NUCLÉAIRE    FRANCE histoire de 1974 à nos jours    FUSION NUCLÉAIRE    GUERRE NUCLÉAIRE    I.C.B.M.    IMPULSION ÉLECTROMAGNÉTIQUE    I.R.B.M.    IRRADIATION    ISOTOPES    LASER MÉGAJOULE    MASSE CRITIQUE    MATÉRIAUX FISSILES    MATÉRIAUX FUSIBLES    M.I.R.V.    MISSILES BALISTIQUES    MISSILES DE CROISIÈRE    MODÉLISATION    NAGASAKI    NOYAU ATOMIQUE    ONDE DE CHOC    POLITIQUE ET STRATÉGIE NUCLÉAIRES    POLLUTION NUCLÉAIRE    PORTÉE armement    PRODUITS DE FISSION    PROLIFÉRATION DES ARMEMENTS    PROTECTION CIVILE ou SÉCURITÉ CIVILE    RAYONNEMENTS IONISANTS ou RADIATIONS IONISANTES    RAYONNEMENT THERMIQUE    RÉACTION EN CHAÎNE physique nucléaire    RÉACTIONS NUCLÉAIRES    RELATIONS AMÉRICANO-SOVIÉTIQUES    SIMULATION    SOUS-MARINS NUCLÉAIRES    SÛRETÉ NUCLÉAIRE    T.I.C.E. ou C.T.B.T.    VECTEUR armement

 

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