8. La fusion des contraires
Cet autre thème, énoncé de manière laconique dans les fragments, devenu symbole dans le roman, est le fruit de l'expérience même de Novalis. Après la mort de Sophie, en effet, la mort lui semble devoir être la vraie vie, la vie une mort lente, et Tieck remarquera qu'il « lui était devenu naturel de considérer comme miraculeuses les choses habituelles et proches, et comme habituelles les réalités lointaines et surnaturelles ; il se mouvait dans la vie quotidienne comme au cœur d'un conte merveilleux, et le domaine lointain et inconcevable que la plupart des hommes pressentent seulement ou révoquent en doute était pour lui une patrie aimée ».
Les héros eux-mêmes vivent dans un univers où l'opposition entre nuit et jour, vie et mort, rêve et réalité a moins de sens encore. Heinrich, se réveillant après son rêve, dit à sa mère qu'« il lui semblait que cela était plus qu'un simple rêve ». Et ne trouve-t-on pas dans cette formule une invite pour le lecteur à faire sienne cette fusion de l'imaginaire et du réel : « Le monde supérieur est plus proche de nous que nous ne le pensons ordinairement. Ici-bas déjà nous vivons en lui et nous l'apercevons, étroitement mêlé à la trame de la nature terrestre. » Nous apercevons le même lien indissociable pour Novalis entre amour et religion : « Ce que j'éprouve pour Sophie n'est pas de l'amour, mais de la religion... Ma bien-aimée est l'abréviation de l'univers, l'univers est l'élongation de ma bien-aimée. » Enfin, littérature et histoire, science et poésie pour le poète ne font qu'un, dans cette aube d'un temps rêvé où, écrit Novalis, « les contes et les poèmes prendront rang d'histoire universelle ».
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