5. Le roman inachevé
>« Le roman doit être poésie de part en part », écrit Novalis. Poésie, par le héros, Heinrich von Ofterdingen, qui ne conserve de son homonyme troubadour que peu de chose, hors les récits de guerres saintes et de chevaliers. Poésie, de par cette volonté de l'auteur d'en faire un « Anti-Meister », un antiroman de formation à la manière de Goethe. Car si Wilhelm Meister « devenait » quelqu'un, Heinrich n'aspire qu'à rester un poète, n'aspire qu'à la métamorphose finale, que nous ne connaissons que grâce au canevas de Ludwig Tieck, fort sujet à caution. Car cette recherche de la Fleur bleue rêvée au commencement de la partie terrestre du roman devait s'achever sur la transfiguration de Mathilde, qui est la Fleur bleue, et de l'Univers tout entier. Auparavant ont été traversés les mondes divers de la révélation romantique. « Le pays de la poésie, l'Orient romantique, vous a salué de sa douce mélancolie ; la guerre vous a dit sa sauvage splendeur et vous avez rencontré la nature et l'histoire sous les traits d'un vieillard et d'un mineur. » « Vous oubliez le meilleur, répond Heinrich à ces paroles de son maître Klingsohr, l'apparition de l'amour. » Si certaines clefs nous sont dévoilées, si le livre feuilleté par Heinrich se trouve réalisé dans ses moindres détails, il reste que, malgré un dernier mouvement à cette symphonie inachevée, de la main de Tieck, le lecteur cherche irrésistiblement dans le Journal, dans les fragments quelques lueurs que Novalis lui-même livre sur ce dernier roman qui est une manière de testament.
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