3. Les aphorismes
Ces quatre années qui lui restent à vivre, Novalis les passe dans les salons d'Iéna, s'abreuvant à une source gigantesque d'informations aussi diverses que l'alchimie, la philosophie de la nature, la physique, la chimie. Les fragments qui naissent de cette réflexion sont souvent plus achevés que le roman, destinés qu'ils sont à être cette « nouvelle bible » dont rêvait l'auteur. L'homme est le centre de cette somme romantique de toutes les connaissances, conçue selon le principe suivant : « Tout doit être encyclopédisé. » On y note déjà les jalons du futur roman, des pensées auxquelles manque encore la perfection du vers ou l'élaboration du roman. Ainsi, cette conviction maintes fois reprise par Novalis : « Nous ne nous comprendrons jamais tout à fait, mais nous pouvons et pourrons faire beaucoup mieux que de nous comprendre. » Ou encore ce fragment qui fait mieux saisir chez le poète cet étrange épanchement de la vie dans la mort, du jour dans la nuit : « La vie est le début de la mort. La vie n'existe qu'en fonction de la mort. La mort est achèvement et commencement à la fois, séparation et union plus étroite avec soi-même. » Plus rarement, Novalis fait une allusion, souvent voilée, à Sophie : « Tout objet aimé est le centre d'un paradis. » Formules lapidaires sans lien aucun ? Certes non, si l'on se réfère aux éditions dûment annotées et dont le classement restitue la logique profonde. Plutôt prélude d'une œuvre dont Novalis connaissait l'extrême dispersion : ne note-t-il pas dans le Journal : « Il faut que j'apprenne à achever, à parfaire, à mettre une œuvre au net » ?
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