4. Sujets, modèles, création
Pour la même raison, il faut écarter le reproche tenace qui a pu laisser croire que la nouvelle vague méprisait les « sujets » et n'avait rien à dire. Parce que cette génération réunissait de véritables artistes, elle ne s'est pas embarrassée des vaines querelles autour du fond et de la forme. D'emblée, les jeunes critiques qui apprenaient le cinéma auprès d'Henri Langlois et d'André Bazin, à la Cinémathèque française et dans les ciné-clubs, ont su qu'un western ou une comédie de Hawks avaient plus de profondeur qu'un film à thèse d'André Cayatte ou une adaptation de Stendhal par Claude Autant-Lara. Les Bonnes Femmes (1960) de Chabrol, Vivre sa vie (1962) de Godard, Muriel (1963) de Resnais, Adieu Philippine (1963) de Rozier, Les Parapluies de Cherbourg de Demy nous apprennent beaucoup plus sur leur temps que maint film engagé ou à prétention sociologique des années post-68. Tout simplement parce que la beauté est le plus court chemin vers la vérité.
C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si ce qu'il y a aujourd'hui de plus neuf et de plus fort dans le cinéma mondial est encore marqué, directement ou indirectement, par l'esprit de la nouvelle vague : Maurice Pialat, Wim Wenders, Marguerite Duras, Milos Forman, Raymond Depardon parmi tant d'autres. À cet égard, la nouvelle vague semble moins avoir été une rupture qu'une redécouverte des traditions les plus vivifiantes du cinéma mondial. Entre Renoir et Woody Allen, Hitchcock et Jim Jarmusch, Bergman et Tarkovski, la nouvelle vague a été une grande leçon de liberté. Et d'exigence. Cette génération de cinéphiles – la première dans l'histoire du cinéma – aura su montrer que la création et le renouveau en art empruntent une voie paradoxale : il faut se donner des références et des maîtres pour accéder à l'originalité et au style. Comme le disait Godard : « L'invention passe par la convention. »
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