2. L'esprit de la nouvelle vague
Dès 1948, ceux-ci vont se regrouper, toutes générations confondues, pour réagir contre les tendances sclérosantes qui menacent le cinéma français. En créant le ciné-club Objectif 49, André Bazin, Jean Cocteau, Jacques Doniol-Valcroze, Roger Leenhardt, Alexandre Astruc entendaient bien jouer un rôle décisif dans les orientations de notre cinéma. La même année, le Festival du film maudit présentait à Biarritz le « programme » d'Objectif 49. Le texte de Cocteau qui introduisit la manifestation contenait déjà en puissance tout ce qui allait germer les années suivantes dans une nouvelle revue, les Cahiers du cinéma, sous la direction d'André Bazin : « Après une longue époque d'énigmes, il arrive que l'audace se présente sous les auspices de la simplicité. Voilà une grande minute de solitude. Car ni les simples, ni les intellectuels ne la reconnaissent [...]. Un art inaccessible aux jeunes ne sera jamais un art. »
Ces phrases prophétiques ont été entendues par les jeunes gens qui vont constituer la jeune équipe des Cahiers du cinéma. Ceux qui se nommeront les « hitchcocko-hawksiens » prétendent bien défendre toutes les valeurs du cinéma. Et notamment celles qui se cachent dans la production la plus populaire de Hollywood, méprisée chez nous. Ils révéleront donc les beautés secrètes des films de Hitchcock ou de Nicholas Ray, et celles qu'on ignore chez les créateurs « maudits » du cinéma européen : Bresson, Renoir (oublié depuis l'échec de La Règle du jeu et son exil aux États-Unis), Rossellini, Rouch, Ophuls (dont le dernier film, Lola Montes, sortira en 1955 un an avant les premières tentatives de Chabrol).
Pour justifier ces choix esthétiques apparemment contradictoires, mais aussi pour préparer le public aux films qu'ils s'apprêtent à faire, les critiques des Cahiers vont lancer vers le milieu des années 1950 ce qu'ils ont appelé la « politique des auteurs ».
Sans nul doute, c'est Alexandre Astruc qui avait annoncé en 1948-1949, dans plusieurs […]
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