En 1981 paraît chez Universal Edition, à Vienne, dans la revue Studien zur Wertungsforschung dirigée par Otto Kolleritsch, une série d'articles rassemblés sous le titre Zur « neuen Einfachheit » in der Musik, que l'on peut traduire par « Vers une nouvelle simplicité en musique ». Ce manifeste est signé par les compositeurs et musicologues Peter Andraschke, Elmar Budde, Wolf Frobenius, Detlef Gojowy, Hanns-Werner Heister, Manfred Kelkel, Hartmuth Kinzler, Otto Kolleritsch, Ladislav Kupkovič, Karin Marsoner, Erich Reimer, Dieter Rexroth, Wolfgang Rihm, Siegfried Schmalzriedt, Kjell Skyllstad, Ivanka Stoïanova, Walter Szmolyan, Manfred Trojahn et Gerhard Wimberger.
Ce concept de nouvelle simplicité est issu du désir, manifesté par une génération de compositeurs majoritairement nés dans les années 1950 et 1960, de renouer avec le lyrisme, la mélodie et l'expressivité. Ce mouvement refuse l'inexpressivité, l'hyperstructuralisme, la novation pour elle-même et la complexité, perçue comme aride et stérile, des tenants de l'avant-garde postsérielle et aléatoire. Cette prise de position diffère cependant fondamentalement de celle des néo-classiques (comme Arvo Pärt et Henryk Mikołaj Górecki dans leurs secondes manières, Jean-François Zygel, Nicolas Bacri...) : les représentants de la nouvelle simplicité récusent ces derniers, dont ils tiennent la nostalgie – le « retour à... » – pour éminemment régressive et réactionnaire ; ils cherchent un moyen terme où leur liberté créatrice puisse s'exprimer affranchie de tout dogme.
Ce courant, qui réunit des créateurs venant d'horizons variés et que rien ne prédisposait à se retrouver côte à côte, est donc relativement hétéroclite ; il ne constitue en aucun cas une école ou un mouvement esthétique ayant défini des objectifs précis autour d'une théorie commune. Parmi les compositeurs qui se réclament de cette nouvelle simplicité, on peut distinguer ses deux principaux initiateurs, les Allemands Wolfgang Rihm (né en 1952) et Manfred Trojhan (né en 1949), ainsi que le Canadien Claude Vivier (1948-1983).
La musique de Wolfgang Rihm ou de Manfred Trojahn recourt à une sorte de tonalité qui s'avère étrangère aux règles édictées par le passé, avant que l'égalité des douze sons n'affirme son hégémonie. Il s'agit en fait plutôt d'une tonalité relative, dont la caractéristique principale est l'emploi d'une harmonie fonctionnelle élargie. Claude Vivier revitalise l'homophonie – qu'il étendra jusqu'à la diaphonie – et l'homorythmie ; il compense cet abandon des potentialités polyphoniques et rythmiques par l'enrichissement et le développement du timbre, au travers d'une technique – celle des permutations de Karlheinz Stockhausen – et d'un des concepts fondamentaux de la musique spectrale, la synthèse sonore, dont le but est de créer des sonorités complexes inouïes.
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