2. Le concept d'anticipations rationnelles
Par l'introduction de nouveaux concepts, en particulier celui d'anticipations rationnelles, la N.E.C. va renouveler l'analyse des fluctuations économiques et redéfinir les modalités de l'intervention publique.
Les anticipations ont toujours occupé une place importante dans la théorie du cycle économique. Keynes évoquait les vagues d'optimisme et de pessimisme pour expliquer les fluctuations du niveau de l'activité. Mais les théoriciens de la N.E.C. considèrent qu'une telle vision des anticipations ne relève pas du champ de l'économiste. Selon eux, les anticipations sont des variables économiques et doivent être traitées comme les choix courants. En effet, les décisions économiques sont celles d'agents vivant plusieurs périodes : les choix pour aujourd'hui dépendent de ce que les agents envisagent de faire demain. Or si les agents sont rationnels, ils sont incités à utiliser le même modèle que l'économiste pour former leurs anticipations, car c'est a priori ce modèle qui indique comment obtenir les plus grands gains. Et, si la théorie économique décrit correctement la réalité, la propriété fondamentale de ces anticipations rationnelles est qu'il n'existe pas de réalisation de l'équilibre économique qui diffère systématiquement de ce que les agents avaient prévu.
C'est en utilisant ce concept d'anticipation rationnelle que Lucas démontre dans son article de 1976 l'inaptitude des modèles keynésiens à prévoir l'impact d'un changement de politique économique. En optant pour une nouvelle politique, le gouvernement change la perception que les individus ont du futur, ce qui les conduit à réviser dès aujourd'hui leurs comportements de consommation, par exemple. Or le modèle keynésien, en considérant le futur comme une donnée exogène, ne permet pas d'intégrer ces comportements, et donc biaise les évaluations de politiques économiques.
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