6. Un contexte politique original mais délicat
La Nouvelle-Calédonie est la plus vaste entité insulaire de souveraineté française. Y cohabitent des hommes de cultures très diverses à l'origine d'aménagements extrêmement variés. Au peuplement pluriséculaire mélanésien revient la création d'un espace horticole toujours fortement sacralisé. Celui-ci a été partiellement oblitéré pendant un siècle par l'action des planteurs et des éleveurs européens. Il en découla de nombreux conflits fonciers et, en contrepartie, l'idée, puis la réalisation, d'une réforme foncière (entreprise à partir de 1978). Cette réforme était d'autant plus urgente que, dans les années 1980, l'attrait pour la mine et la ville n'apparaissait plus, aux ressortissants des tribus, comme le moyen d'acquérir les éléments de confort matériel auxquels ils aspiraient (bien que le travail salarial hors tribu finance, depuis la fin des années 1960, 80 p. 100 de la vie des collectivités traditionnelles mélanésiennes). Une barrière de préjugés s'est édifiée entre le « monde des tribus mélanésiennes » et les « centres urbains à dominante européenne ». Au moment du boom économique des années 1969-1972, le problème lié à l'opposition ville-campagne trouvait sa solution dans l'aspiration des ruraux par l'économie de services et dans la conversion de la brousse en une vaste zone de résidences secondaires pour salariés fraîchement urbanisés. Avec la récession des années 1974-1979, l'urbanisé n'est plus perçu comme un « modèle » pour les gens des tribus, mais comme un « exploiteur » : Nouméa, la ville capitale, commença alors à refouler le trop-plein de main-d'œuvre dépourvue de qualification professionnelle, multipliant le nombre des oisifs désargentés en milieu tribal. La « ville des Blancs » n'assura plus l'intégration économique et sociale attendue.
Il s'ensuivit une période de troubles qui culmina dans la violence (fin 1984-début 1985) durant le « pro-consulat » d'Edgard Pisani, puis à la mi-1988 (en pleine campagne p […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 18 pages…



