6. La littérature
Les rigueurs de l'Histoire ont fait grand tort à la Norvège, qui n'est parvenue à créer une littérature de premier ordre que depuis un siècle et demi. Elle ne réussit pas à résoudre un problème linguistique qui complique grandement toute approche. Pourtant, elle possède quelques-uns des plus grands écrivains qu'ait comptés le nord de l'Europe.
• Les débuts, jusqu'à la Réforme
Les premiers documents « écrits » remontent au ive siècle de notre ère : ce sont les inscriptions runiques égaillées sur tout le territoire norvégien. Simplement commémoratives ou obscurément magiques, concises jusqu'à l'énigme ou hautement élaborées, elles témoignent par leur versification évoluée de l'existence d'une poésie primitive orale de qualité, faite sans doute de proverbes, d'énigmes allitérées, de chants de conjurations (galdrar) et d'hymnes. Surtout, certaines attestent que les genres eddiques faisaient florès bien avant l'âge d'or islandais et que l'art raffiné des scaldes a pu naître sur le sol norvégien. Étaient norvégiens, en effet, le plus ancien scalde connu, Bragi Boddason (première moitié du ixe s.), auteur de la Ragnarsdrápa, ainsi que Þjódólfr de Hvín (début du xe s.), qui composa Haustlöng (Longueur d'automne) et Ynglingatal (Dénombrement des Ynglingar), Þorbjörn Hornklofi (début du xe s.), auteur d'un Haraldskvaedi, et Eyvindr Skáldaspillir (v. 915-v. 990), qui a laissé un Hákonarmál (Dit de Hákon) et un poème généalogique, Háleygjatal.
À partir du xie siècle s'établit la grande communauté culturelle Islande-Norvège, où il est difficile de démêler ce qui revient à un pays plus qu'à l'autre, encore que ce soient presque toujours des Islandais, semble-t-il, qui aient rédigé ou consigné les textes que nous connaissons. Pourtant, il est probable que certains poèmes de l'Edda sont, tout ou partie, d'origine norvégienne, notamment les Hávamál, les Grimnísmál, les Vaflthrudnísmál, l'Atlakvida, les Hamdismál et la […]
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