2. L'État anglo-normand (XIe-XIIIe siècle)
Pendant cent trente-huit ans, jusqu'en 1204, la Normandie et l'Angleterre formèrent, sinon toujours un seul État, du moins une communauté morale et politique. Pour le duché, cette période fut extrêmement bénéfique. Barons et prélats normands reçurent outre-Manche des domaines immenses qui leur permirent de faire dans leur pays d'origine assaut de luxe et de prestige. Les portes de la Manche se développèrent rapidement. Dans l'un d'eux, Caen, le roi et sa femme Mathilde de Flandre achevèrent, grâce au butin anglais, la construction des magnifiques abbayes de Saint-Étienne et de la Trinité, qui affirmaient leurs prétentions quasi impériales et où ils se firent enterrer. Un Italien de génie, Lanfranc, forma à l'école monastique du Bec-Hellouin, la plus brillante du temps, des cadres ecclésiastiques et administratifs d'un incontestable talent, qui s'entendirent à merveille à gouverner l'Angleterre et qui amorcèrent une renaissance intellectuelle. Le petit domaine du roi capétien – dont Guillaume ne contesta jamais la suzeraineté – se trouvait rejeté dans l'ombre par le succès de son vassal.
• Art roman, « art normand »
La génération du Conquérant n'a pas accumulé seulement les triomphes politiques. Elle est responsable de la plus vigoureuse, de la plus belle forme d'art normand, la seule qui ait atteint la renommée mondiale, à tel point que l'art roman, avant de trouver en 1818 son nom sous la plume du Normand Charles de Gerville, était souvent appelé « art normand » tout court. Après les ravages des Vikings, une reconstruction d'ensemble des églises avait débuté vers les premières années du xie siècle. Elle fut menée à bien avec promptitude et talent, d'abord en tâtonnant quelque peu et en cherchant des inspirations tant dans les pays de la Loire que vers l'est. Puis, à partir du milieu du xie siècle, un style proprement normand s'affirme vigoureusement. Son domaine […]
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