2. La non-violence comme refus de la violence
Les raisons pour lesquelles la violence est refusée comme mode d'action collective sont très diverses. On peut toutefois les regrouper en trois catégories, selon que la violence est jugée impossible, interdite ou immorale.
• Violence impossible
C'est d'abord par pur pragmatisme que les acteurs d'un conflit s'abstiennent de recourir à des moyens violents : en fonction de leur situation particulière, ils jugent plus opportun de ne pas prendre les armes, mais sans préjuger de ce qu'ils pourraient décider en d'autres circonstances. Il est des cas où une telle attitude s'impose d'elle-même, du simple fait que l'on ne dispose pas – ou pas en quantités suffisantes – des moyens nécessaires à la violence, c'est-à-dire des armes. Dans d'autres situations, le recours à la violence, matériellement possible, paraît d'emblée suicidaire : une analyse lucide du rapport de forces fait prévoir une défaite certaine. Comme le soulignait avec humour Saul Alinsky (1909-1972), inventeur d'une méthode non violente originale visant à rendre un pouvoir de pression aux plus déshérités des ghettos noirs de Chicago : « Il faut être politiquement insensé pour dire que tout le pouvoir est au bout du fusil quand c'est l'adversaire qui possède tous les fusils ! ». Ce raisonnement, inspiré par le bon sens, est une application d'un principe stratégique général : éviter de se battre sur le terrain où l'adversaire possède l'avantage. La plupart des exemples de résistance civile relèvent d'une telle approche, purement pragmatique, de l'action collective.
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