Le problème des noms divins dans la pensée chrétienne revient à poser la question suivante : comment concevoir que s'appliquent à l'absolue simplicité de Dieu, découlant de sa définition, les perfections multiples qu'on lui attribue en vue d'expliciter, à l'usage de l'homme, son essence, ainsi que les noms que la tradition, scripturaire et patristique, lui donne ?
Le contexte mythique vécu de la Bible et des origines chrétiennes met le plus grand nombre des initiés à même d'appeler Dieu Père, Tout-Puissant, Saint, Bon, sans médiation conceptuelle réflexive. Le problème ressortit au stade de la pensée théologique postérieure élaborée à partir des philosophies ambiantes. Chez les Pères grecs (iie-ive s.), le thème biblique du « Dieu caché », qui pourtant se révèle, rencontre les spéculations néo-platoniciennes, hantées par l'Un ineffable mais soucieuses de donner aux dieux du paganisme les noms qui leur conviennent. Or le Dieu inconnaissable par essence est en même temps sauveur ; il se laisse rencontrer en une expérience globale de foi, d'amour, de vertu, de vie sacramentelle. Il en résulte, chez ces théologiens, une attitude apophati […]
