Il est difficile d'imaginer l'univers de Fellini sans la musique de Nino Rota : elle est le piment qui en même temps assaisonne et adoucit les visions du cinéaste ; de Gelsomina à Casanova, elle a accompagné les monstrueuses parades de Fellini pendant près de trente ans. Il nous reste des images et des mélodies qu'il serait vain d'essayer de dissocier, tant elles se complètent en notre souvenir.
Fellini a toujours nourri envers la musique des sentiments ambigus : « En dehors de mon travail, je préfère ne pas écouter de musique, cela me déprime, c'est comme une voix lancinante qui me remplit de regret et de désespoir, car elle me parle d'un pays d'harmonie, de paix, de perfection, d'où nous aurions été chassés à jamais. Heureusement, je connais Nino Rota. Je suis son ami, il m'aime bien, et c'est une petite consolation, bien maigre, de savoir que l'on a, dans ce royaume métaphysique aux lois sereines et implacables, un parent influent qui peut s'entremettre, en tout bien tout honneur, vous prendre par la main et, s'il le désire, vous y ramener un jour ou l'autre. » La musique de film ne doit pas nous parler de paradis perdus mais assurer un rôle purement fonctionnel de sout […]
