2. Le chant du Weltschmerz ou la douleur de vivre
Les paysages de sa jeunesse, puis de sa vie vagabonde tiennent une large place dans ses poèmes : la plaine de Hongrie, la Puszta sans chemins qui porte à la mélancolie, mais où vivent des hommes passionnés, les bergers à cheval et leurs troupeaux à demi sauvages que le poète avait côtoyés dans ses jeunes années ; les hautes Alpes de Styrie, qu'il aimait escalader ; la mer, infinie comme la steppe, mais infini en mouvement qui fait oublier le contact cruel des humains. On entend, dans les sonorités de cette poésie, la voie monotone du vent qui parcourt les marais, la musique sauvage des Tziganes, avec des échos de la montagne et de l'Océan. Sa dimension spirituelle est celle de l'immensité, que ce soit l'infini de l'horizon ou l'abîme du passé ; Lenau se plaît, au bord du vertige, à goûter les beautés sans mesure qu'on découvre du haut des monts : on les possède d'un regard, mais elles demeurent éternellement lointaines. Le poète ne cesse d'y sentir la proximité de la mort : à travers des expériences diverses, tous les efforts qu'il a pu faire pour « tenter de vivre » parmi les hommes ont été malheureux.
Amoureux de la liberté, politique et sentimentale, gêné par la censure de Metternich, il connut pourtant un succès éclatant avec son principal recueil de poèmes (Gedichte), publié en 1832. Cette même année, il décida de s'embarquer pour l'Amérique. Il espérait guérir là-bas, sur une terre vierge, son Weltschmerz, sa « douleur de vivre ». Mais la vie rude et terre à terre des colonisateurs l'a vite rejeté vers l'Europe. La nature d'Amérique du Nord l'avait plus terrifié qu'enchanté et, quand il revint à Stuttgart, son hypocondrie n'avait fait que s'aggraver. Il connut une suite d'amours tourmentées, en particulier à Vienne, auprès de Sophie von Löwenthal. En 1844, une attaque de paralysie marquait le début d'un grave dérangement mental, qui le fit interner jusqu'à sa mort. Ses œuvres complètes paraissent à Stuttgart en 1955.
Brisé par sa passion […]
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