2. Optimisme et contemplation
« Dieu ne bénit pas les larmes de tristesse : il bénit les larmes de béatitude », chante Fevronia, le personnage central de La Légende de la ville invisible de Kitège et de la vierge Fevrona (1903-1905), qui est le chef-d'œuvre lyrique de Rimski-Korsakov. Celui-ci n'aime pas les sentiments portés au paroxysme, la douleur véhémente, les cris tragiques : il leur préfère une sereine contemplation.
C'est dans le domaine de l'opéra et du poème symphonique qu'il a incontestablement réussi le mieux, car beaucoup de ses partitions, à commencer par celle de La Nuit de mai (d'après Gogol, 1878-1879), dévoilent des perspectives nouvelles dans le champ du fantastique en musique, prolongeant et élargissant les promesses contenues dans Rousslan et Lioudmila de Glinka, anticipant L'Oiseau de feu et Pétrouchka de Stravinski et L'Amour des trois oranges de Prokofiev. Cependant, autant Rimski-Korsakov se sent à l'aise dans la féerie populaire et ses enluminures, autant il semble gêné et peu personnel quand il s'agit d'évoquer la cour de Catherine II (La Nuit de Noël, 1895), de reproduire les dialogues de Mozart et Salieri, d'évoquer la Rome antique de Servilia (1901) ou bien la Pologne légendaire de Pane Voïevode (1902), composé en hommage à Chopin.
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