5. La « malédiction » du pétrole et les stigmates du passé dans le delta maritime
Le delta maritime, d'environ 26 000 kilomètres carrés, s'étend principalement sur trois États fédérés du Nigeria : Delta, Rivers et Bayelsa. Avec cinq grands groupes, Ijaw, Edo, Delta Cross (Ibibio, Ogoni ou Oron), Yoruba (Itsekiri) et Igbo, cette région n'a pas réussi à s'affirmer sur le plan politique ni avant ni après la colonisation, et encore moins depuis que l'exploitation pétrolière a incité l'État fédéral à s'ingérer dans la géopolitique locale.
Découvert en 1956 à Oloibiri, le pétrole brut est exporté par les ports de Bonny, Forcados, Escravos, Penington, Qua Ibo et Brass River. Mille six cents villages voisinent avec des installations pétrolières ou gazières où les torchères brûlent en permanence, engendrant pollution de l'air avec le gaz brûlé et de l'eau avec les déversements de pétrole. Marginalisée, la région est ulcérée de devoir subir les effets d'une exploitation pétrolière peu soucieuse de son sort, d'autant plus que les tensions ethniques héritées des exactions des États esclavagistes du delta sur les populations alentour razziées lors de la traite aggrave la situation et favorise l'escalade de la violence. Les ressources tirées du pétrole ont été détournées et les militants réclamant une répartition plus équitable éliminés, comme Ken Saro-Wiwa en 1995.
Ne disposant pas, à la différence du reste du pays, de l'autonomie politique et économique mise en œuvre en 1957, ni des transferts de la rente pétrolière revenant au seul gouvernement fédéral à la suite de législations multiples, ni de la propriété des terres depuis 1978, cette région connaît une situation explosive. Faute de pouvoir faire avancer leurs revendications visant à l'exercice local de l'autorité (à fondement ethnique, selon l'usage politique nigérian), les communautés du delta ont tenté d'arracher par la force des compensations auprès des compagnies pétrolières.
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