3. Le delta intérieur vivant encore au rythme du passé
Le delta intérieur du Niger s'étend sur 35 000 kilomètres carrés de Djenné à Tombouctou ; sa mise en valeur obéit encore aux règles du passé. Écosystème fragile fonctionnant sans crues artificielles, il est exploité par plusieurs peuples : Peuls, Bozo, Somono, Songhaï, Bambara, Marka et Arabes qui y pratiquent agriculture, pêche et surtout élevage sur de vastes prairies inondables (bourgou) parcourues par quelque 5 millions de têtes de bétail en saison sèche. Les groupes y cohabitent grâce à une régulation sociopolitique subtile mise en place par Cheikou-Ahmadou, fondateur de l'empire du Macina (1818-1862), qui y imposa la domination peule et le pastoralisme. Creuset de civilisations, ce delta fut au cœur des empires du Mali et Songhaï du xie au xve siècle qui fondèrent Djenné, Mopti et Tombouctou.
Dans un même lieu alternent période de pêche effectuée par les Bozo et période de pâturage conduit par les Peuls. L'espace peut être aussi cultivé par tous en riz rouge flottant, et plus particulièrement par les Marka installés dans des villages exondés. Maîtres des terres et des eaux veillent à faire respecter règles et arrêtés saisonniers qu'ils ont édictés afin d'assurer paix sociale et régénération des ressources. Cela est d'autant plus important que le delta est considéré comme un biotope exceptionnel, avec cent soixante-quatre espèces de poissons et cent trente-trois espèces amphibies. Baptisé Venise africaine, ce delta va-t-il se muer en écomusée ?
Toutefois, en se rapprochant de son embouchure, dans la Middle Belt puis le delta maritime, le fleuve occupe une place importante pour le développement du Nigeria.
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